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9 septembre 2013

Mais le fleuve tuera l'homme blanc (Patrick Besson)

Quel livre ! Des narrateurs successifs content le destin de quelques personnages d'exception, qui sont tellement mêlés à des faits avérés et à des personnages réels qu'on ne sait plus trop où s'arrête la réalité et où commence la fiction.

Une belle peinture de Brazzaville, des deux Congos de ce tournant du millénaire, de la guerre civile rwandaise (on parle de génocide, mais comment expliquer, comme le dit l'auteur, qu'il y ait autant ou presque de morts dans les deux "ethnies" ?)

Une langue maîtrisée, un vrai art de la narration, un très bon livre, là aussi...

Hier, j'ai dû ronger mon frein (aider les enfants à faire leurs devoirs) avant de le terminer d'une traite...

4 septembre 2013

En attendant Babylone (Amanda Boyden)

Un très beau récit de destins entrecroisés dans la New Orleans juste avant le désastre Katrina.

Je devrai passer à l'anglais pour confirmer la qualité de l'écriture, celle de la traduction, ou les deux...

En tout cas, un vrai plaisir de lecture.

2 septembre 2013

Le Londres-Louxor (Jakuta Alikavazović)

Encore une belle découverte. Le récit pourrait être autobiographique, celui d'exilé-e-s de l'ancienne Yougoslavie. Entre la narratrice, sa soeur qui disparaît, les autres personnages, un mélange de vies et de sentiments... une écriture agréable (avec cependant quelques erreurs de syntaxe qui laissent croire que le travail de l'éditeur fut bâclé), une belle création ou recréation de monde évanescent.

Je vous le conseille.

16 août 2013

Le mystère Napoléon (Steve Berry)

Un thriller sur fonds historique (la recherche du trésor de Napoléon), bien enlevé, même si la fin traîne un peu. Le style de l'auteur (et/ou le talent du traducteur) est bien plus fluide que mes dernières tentatives.

Après, dès le début ou presque, l'histoire ne tient pas debout. Les personnages, les lieux, plein de choses sonnent faux.

Mais bon, pendant les vacances...

À noter que le titre anglais est the Paris vendetta.

10 août 2013

Sensorium (Abha Dawesar)

Lu par à-coups, d'autant plus difficile que le récit est entremêlé d'apartés,
faits de descriptions scientifiques (zoologie, neurologie), philosophiques, de dessins...

Une vraie heureuse découverte de cette auteure d'origine indienne. Qui nous promène entre la France, l'Amérique, et l'Inde. L'héroïne est une artiste plasticienne qui essaie de percer dans le monde difficile de l'art contemporain, de traiter une maladie étrange, de comprendre les tenants et aboutissants d'une vision qu'elle a reçue d'une vie antérieure, et de la nécessaire expiation correspondante.

Une écriture intéressante, une histoire peu banale, un dépaysement à plusieurs étages, un beau livre.

Extrait:
Elle n'est pas du genre, elle, l'artiste indienne, à se soucier à l'excès de son apparence. Cela l'étonne de penser qu'un jour dans le passé, tandis qu'elle faisait la queue chez l'épicier ou se tenait debout lors d'un vernissage, quelqu'un avait observé ses lèvres et ses rides tout comme elle observe les gens. Quand elle travaille, elle fronce souvent les sourcils, et parfois, assise devant le poste de télévision, elle sent que la partie intérieure de son visage se relâche. À d'autres moments, incapable au lit de trouver le sommeil, elle se rend compte que ses mâchoires sont très serrées et que ses lèvres se pressent l'une contre l'autre et lui font mal. Les émotions et états chimiques qui accompagnent ces épisodes fréquents ont laissé des traces sur son visage. Le temps et la pesanteur se ligueront pour les marquer davantage. Le fait qu'elle soit mortelle et insignifiante, ce que son esprit a du mal à saisir, se perçoit facilement lorsqu'elle pense au corps. Jour après jour, celui-ci se délabre jusqu'à se désintégrer totalement. Elle n'a pas d'enfant, mais si elle en avait, ça la rendrait folle de penser qu'un jour eux aussi se flétriront et mourront. Quand elle songe à la vieillesse et à la mort, c'est là sa seule consolation : au moins elle n'a pas d'enfants.

8 août 2013

Sans aucun remords (Tom Clancy)

Livre de lecture sur la plage, les soirs de vacances, trouvé dans la maison prêtée par mon frère.

Un thriller de 1993 qui reconstitue les États-Unis des années 1970, les ravages de la drogue et la guerre du Viêt-Nam, les opérations secrètes de la CIA, la guerre froide...

Cela aurait pu être haletant, prenant, intéressant s'il n'avait pas fallu avaler les quasi 700 pages du livre. Une écriture quasi automatique, un scénario à grosses ficelles, avec tellement de choses invraisemblables, et surtout cette idéologie manichéenne et militariste qui suinte à toutes les pages et finit par donner la nausée.

Je crois que j'ai de plus en plus de mal avec les auteurs américains...

2 août 2013

Hôtel Brasília (João Almino)

Un récit de la construction de la nouvelle capitale du Brésil, à la fin des années 1950. Des destinées qui s'entremêlent, des réflexions sur la société, la politique, les rapports humains. Un kaléidoscope qui m'a permis de m'immerger en terre étrangère, avec un plaisir sans limite.

L'histoire finalement compte peu, tant le décor est époustouflant. Le narrateur essaie de comprendre des bribes de son passé en se rapprochant de son père à l'agonie. Y parvient-il ? J'ai plutôt l'impression que les propos entremêlés apportent de la complexité, de la densité au texte.

Un excellent livre.

28 juillet 2013

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre (Martin Amis)

Quel livre !

(Je l'ai terminé ce matin et lui ai recommandé. Elle l'a commencé aujourd'hui. Le couperet est vite tombé: "Glauque".)

Martin Amis ne fait pas dans la dentelle, la traduction est relativement fidèle, même si le titre-même, qui fait référence au discours annuel devant les députés britanniques, écrit par le premier ministre et prononcé par la reine, aurait mérité mieux, ou tout au moins une notule...

La description de la low society britannique contraste fort avec l'image qu'Albion persiste à vouloir donner à l'extérieur, mais ce problème d'image, nous l'avons partout dans le monde, dans cette société d'apparences à laquelle nous devons nous plier un minimum pour éviter à nos enfants de se sentir humiliés par leurs cruels camarades de classe, eux-mêmes préformatés.

Mais je divague. Lionel Asbo, ce n'est pas le personnage principal du livre (c'est plutôt son neveu Desmond Pepperdine, qui n'a pas, lui, trouvé son patronyme ridicule au point d'en changer...) mais c'est au moins le personnage central. Délinquant violent (cette violence est suffisamment exposée et encore plus sous-entendue dans le livre qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter...) qui finit par gagner au loto de quoi mener un train de vie de riche anglais...

Le reste, c'est la narration de la transformation de Des d'un adolescent ignare et abusé (je passe sur les détails) en un père de famille, de la classe moyenne, qui doit pourtant, dans le tout petit appartement qu'il occupe dans son quartier défavorisé, ne pas toucher à la pièce réservée à son oncle Lionel.

À lire. Je préfère la couverture de la version anglaise, qui rappelle les tabloïds de bas étage si populaires dans ce pays.

Pour terminer, une illustration parue dans The Telegraph avec quelques bonnes feuilles de ce roman...


So do the 30ft steel walls which now gird the 10-acre garden. And the local children are said to be terrified of the two furious pitbulls, Jek and Jak, who are taken on daily tours, or aggressive inspections, of the village.

Who, after all, would welcome the influx of the usual rabble that bob along in the slipstream of fame and money? Parasites and predators, and all the “Threnody” stalkers and lookalikes.

Local rumour has it, by the way, that “Jek” refers to Jekyll and Hyde, whilst “Jak” alludes to Jack the Ripper. But this sounds a bit too “erudite” for the East End “eejit”. More likely, “Jek” and “Jak” are garbled versions of “Juke” and “Jyke”, the names fished out of a hat by Asbo’s companion, “Threnody”, for the orphaned Somalian twins she long ago stopped sponsoring.

What you sense, in the end, is a feeling of general hurt and dismay. A sense that these orderly rural lives are somehow travestied by the intrusion of the jackpot jailbird, Lionel Asbo.

My photographer, the Sun’s Chris Large (one of the three journalists brutalised by Asbo in August 2009), asks the picketers for leave to ring the buzzer and announce our arrival.

Wearing a blue silk dressing gown and, of all things, mid-calf snakeskin boots, Asbo walks briskly up the drive. He welcomes Chris and myself most cordially, then endures a brief heckling from the petitioners at the gates.

“You know what I got, Daph?” he says. “Neighbours from hell.”

This remark intrigues me. I have come here with an “open mind” – after all, you can’t believe everything you read in the papers! And I ask him, as we walk down the drive, passing the famous Bentley “Aurora”, “Weren’t you a neighbour from hell, Lionel? Back in Diston?”
 
“Me? Never. Except when I was a kid. You don’t want to be a neighbour from hell, Daph,” he confides. “That’s lower class.”

À lire, definitely.

30 juin 2013

L'ombre en soi (Jean Grégor)

Un beau livre, une belle écriture, une histoire (vraie) incroyable, j'avoue avoir sur son site :
été ému par cette biographie romancée de Jean Grégor, fils de Pierre Péan, qui raconte si bien son expérience

Beaucoup d’écrivains n’attendent pas le dixième livre pour se plonger dans leur histoire familiale. Même si ça n’était pas un but, il était peut-être temps -avec mes yeux transformés par l’expérience de l’écriture- de retrouver ceux qui m’ont vu grandir. L’aspect atypique de l’histoire que je voulais raconter me titillait : ce n’est pas dans toutes les familles qu’un contrat est posé sur la tête du père. Surtout quand ce père devient quelques années plus tard ami avec « son tueur ».

Si pendant mes jeunes années, j’écoutais l’album de Gainsbourg « Aux armes et caetera », si je traînais des heures durant sur mon vélo, mon père, lui, faisait des enquêtes, sortait des livres « qui dérangeaient » , menant une vie trépidante, non exempte de dangers.

Que savais-je de ces menaces qui planèrent sur lui ? Que savais-je des sujets embarrassants dont traitaient ses enquêtes? Pas grand-chose. Si je voulais en connaître plus sur cette amitié entre lui et celui qui avait eu pour mission de le liquider, j’allais devoir reconstruire avec mes souvenirs et divers témoignages des fragments de cette époque.

Il fut assez réticent quand je lui fis part de mon idée : faire un livre sur cette amitié particulière. Le sujet était très sensible. Et pour un homme secret comme mon père, pour un homme qui navigue de source en source sans jamais les dévoiler les unes aux autres, la sensation d’être mis à nu devait, et doit être désagréable. Je le sais, je le comprends, et je me suis excusé pour ce désagrément. Pourtant rien d’intéressant n’existe si l’on ne force pas le destin. Rien n’aurait pu exister si je ne lui avais pas forcé la main.

Voilà donc l’histoire vraie que je raconte dans L’ombre en soi. Progression lente vers deux hommes de l’ombre, le livre aborde des questions auxquelles je n’ai pas nécessairement cherché à répondre. Une seule certitude : j’ai avancé en marchant sur des œufs. Et cela autant en abordant mon père que son ami.  

Et cela m'a donné envie de lire d'autres livres de Jean Grégor, et de me replonger dans les passionnantes enquêtes de Pierre Péan.


23 juin 2013

L'Influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (Ruwen Ogien)

J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque pour son titre...

Voici le début de la critique de Roger-Pol Droit:

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit - ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d'autres liquides - ce qui est quand même plus rare. L'homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d'une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n'avez vraiment rien demandé. En un sens, c'est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu'on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu'elle sera transposable à la question de l'avortement...

Ne vous croyez pas trop vite sorti d'affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu'un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d'un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu'il n'a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l'amour un soir d'été en étant sûrs de n'avoir pas d'enfant et que personne n'en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d'évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

Contrairement à ce que dit Droit, ce livre n'est pas loufoque, il est tout au plus plaisant et j'avoue que, dans les transports lyonnais, il m'a surtout fait mal au crâne... Parce que finalement, il est trop complexe, pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses (en cette période où je recherche tant des réponses...)

Et puis, je suis surpris des références bibliographiques de l'auteur. N'y a-t-il que les Américains qui soient capables d'écrire sur ce domaine ? Quid de la diversité humaine ?

16 juin 2013

La maison des derviches (Ian McDonald)

Un roman d'anticipation qui nous transporte à Istanbul dans quelques années...
des innovations technologiques, mais surtout un enchevêtrement d'histoires et d'intrigues qui nous promène dans ce concentré d'Orient et d'interculturalité qu'est la Turquie.

Un livre passionnant, même si l'attaque est un peu poussive. Il faut en effet un peu de temps pour assimiler les éléments des différentes intrigues, entre les traders qui vont faire couler leur entreprise, l'enfant handicapé qui va réussir à faire échouer une action terroriste, et la spécialiste d'antiquités à la recherche d'un "homme mellifié".

À lire tranquillement pendant des vacances, plutôt que par à-coups le soir pour s'endormir (parce que trop volumineux pour être trimballé dans les transports).

25 mai 2013

Langues étrangères (Paul Di Filippo)

Un drôle de roman. La quatrième de couverture ne traduit que partiellement le contenu du roman, et encore moins son intérêt. Intérêt qui n'est pas lié à l'accrocheuse quatrième de couverture (encore que, certains soirs d'été déshinibés, je ne doute pas que cela puisse provoquer un certain effet) mais à la thématique, qui n'est pas sans affinité avec le Blood Music de Greg Bear, quand une matière devient vivante et transforme le monde selon sa volonté.

Une expérience de lecture à faire.

7 mai 2013

Tous à Zanzibar (John Brunner)

Un classique de John Brunner que j'avais lu adolescent, et dont je ne me souvenais guère. En fait, je pense que j'étais passé à côté de beaucoup de choses de ce livre.

De l'anticipation de bonne facture, ce roman écrit en 1968 décrit le début du XXIe siècle. La réalité est différente, mais l'est-elle vraiment ? Je pense par exemple aux "amochés", ces personnes qui, ayant perdu la raison, sont prises de soudains accès de violence criminelle.

Et puis, les "extraits" des "oeuvres" du sociologue Chad Mulligan valent toute description réaliste de notre société.

La traduction est bonne : je n'ai pas "senti" la langue anglaise en dessous. C'est un réel exploit, vu la complexité de la trame et la richesse expressive de l'auteur.

Et l'histoire est également passionante.


23 avril 2013

C'est une chose étrange à la fin que le monde (Jean d'Ormesson)

Qui aurait cru qu'un jour j'avoue avoir lu un livre entier de Jean d'Ormesson ?

Le lundi de Pâques, de passage impromptu chez mon beau-père (dont le sens de l'humour est insondable, et dire qu'il l'a transmis à mon petit dernier...), je me vois proposer C'est une chose étrange à la fin que le monde et ne peux que l'accepter.

Je ne le regrette pas. C'est un livre pétillant, au style enlevé, et surtout qui résume en peu de pages l'histoire de la pensée occidentale par rapport à la religion et à la cosmogonie.

Un exercice qui a dû ravir l'auteur, agrégé de philosophie, et auquel je ne trouve qu'un défaut : l'absence de référence au reste de la planète (culture asiatique, africaine, améridienne...)

À noter que le livre a été publié en 2010 et que Wikipédia dit que c'est un "roman". "Conte philosophique" serait plus approprié.

4 avril 2013

Dieu sans les hommes (Hari Kunzru)

Un drôle de livre. Là non plus, je ne peux pas dire si la difficulté est causée par l'auteur ou par le traducteur.

Où il est question de communication avec les extraterrestres, d'autisme, de mythologie et de chamanisme, dans un mélange au total bien insipide.

Trompé par la quatrième de couverture...

22 mars 2013

L'homme-sœur (Patrick Lapeyre)

Un voyage au cœur d'une aliénation, une écriture fluide, avec un humour acéré, une nouvelle bonne surprise dans mes choix au hasard de la bibliothèque municipale.

J'ai appris depuis que le livre était relativement ancien, que l'auteur semblait connu... mais cela n'apporte rien au plaisir de la lecture et de la découverte.

16 mars 2013

Comment va la douleur ? (Pascal Garnier)



Un second roman de Pascal Granier, et j’aime toujours autant cet auteur, surprenant dans sa narrative, dans sa façon détachée de poser les décors, de faire vivre ses personnages, de nous surprendre jusqu’à la dernière ligne.

Une histoire qui mêle douleur, amour, cruauté, rédemption.

J’ai profité d’un retard de TGV pour le terminer assis inconfortablement sur le sol de la gare. Mais le confort de la lecture a effacé l’inconfort de ma position.

15 mars 2013

Les floralies (István Örkény)

Un roman traduit du hongrois par Jean-Michel Kalmbach. Un réalisateur qui décide de tourner un documentaire sur la mort en filmant les derniers jours de trois personnes. Rien ne se passe comme prévu, rien n'est finalement spontané (mais savons-nous être spontanés, dans la Hongrie de la fin de l'ère communiste, ou dans la France de 2013 ?)

Une belle lecture de dimanche matin.

Un éditeur à découvrir, aussi, avec un catalogue original: www.cambourakis.com.

13 mars 2013

Le Zahir (Paulo Coelho)



Ce roman de Paulo Coelho est étonnant. Il raconte l’expérience d’un homme qui s’affranchit du Zahir. Qu’est-ce que le Zahir ? Ma traduction de la définition donnée par l’auteur (j’ai lu la version anglaise, la version française officielle est probablement différente) :


Le Zahir est une fixation sur tout ce qui a été transmis de génération en génération; il ne laisse aucune question sans réponse; il remplit tout l’espace; il ne nous a jamais permis de considérer la moindre possibilité que les choses puissent changer. Le tout-puissant Zahir semble être né dans chaque être humain et atteindre sa force maximale pendant l’enfance, en imposant des règles qui devraient ensuite être respectées: les gens différents sont dangereux; ils appartiennent à une autre tribu; ils veulent nous voler nos terres et nos femmes.
Nous devons nous marier, avoir des enfants, perpétuer l’espèce. L’amour n’est qu’une petite chose, assez pour une seule personne, et toute suggestion que le cœur puisse être plus grand est considérée comme perverse. Quand nous nous marions, nous avons le droit de prendre possession de l’autre, corps et âme.
Nous devons occuper des emplois que nous détestons car ils contribuent à l’organisation de la société, et si tout le monde n’en faisait qu’à sa tête, notre monde disparaîtrait.
Nous devons acheter des bijoux; ils nous identifient à notre tribu, tout comme le piercing identifie une tribu différente.
Nous devons être drôles tout le temps et dédaigner ceux qui expriment leurs sentiments; c’est dangereux pour une tribu d’autoriser ses membres à montrer leurs sentiments. Nous devons à tout prix éviter de dire non car les gens préfèrent ceux qui disent toujours oui, et que cela nous permet de survivre en terre hostile. Ce que les autres pensent est plus important que ce que nous ressentons. Ne jamais se faire remarquer, cela peut attirer l’attention d’une tribu ennemie. Si vous vous comportez différemment, vous serez expulsé de la tribu car vous pourriez contaminer les autres et détruire quelque chose qu’il a été extrêmement difficile à organiser au commencement.
Nous devons toujours être attentifs à l’apparence de notre grotte, et si nous n’avons pas les idées claires, faire appel à un décorateur qui fera de son mieux pour montrer aux autres combien nous avons bon goût.
Nous devons faire trois repas par jour, même si nous n’avons pas faim, et si nous n’entrons pas dans les canons de beauté, nous devons jeûner, même si nous sommes affamés.
Nous devons nous vêtir selon les diktats de la mode, faire l’amour que nous en ayons envie ou non, tuer au nom de notre patrie, espérer que le temps passe vite pour que vienne rapidement la retraite, élire des politiciens, nous plaindre du coût de la vie, changer de coiffure, critiquer tous ceux qui sont différents, aller au culte le dimanche, le samedi ou le vendredi, selon notre religion , et là demander pardon pour nos péchés et nous goberger car nous connaissons la vérité et méprises l’autre tribu qui vénère un faux dieu.
Nos enfants doivent suivre nos pas; après tout, nous sommes plus âgés et connaissons la vie. Nous devons avoir un diplôme universitaire même si nous n’aurons jamais de travail dans la discipline que nous avons été forcés d’étudier. Nous devons étudier des choses que nous n’utiliserons jamais, parce que quelqu’un nous a dit qu’il était important de les connaître: l’algèbre, la trigonométrie, le code d’Hammourabi.
Nous ne devons jamais rendre nos parents tristes, même si cela signifie renoncer à tout ce qui nous rend heureux.
Nous devons écouter de la musique doucement, parler doucement, pleurer en privé, parce que c’est le tout-puissant Zahir qui dicte les règles et détermine la distance entre les rails, la signification de la réussite, la meilleure façon d’aimer, l’échelle des honneurs.

Pour s’affranchir de tout cela, il faut en quelque sorte renaître. Vaste programme. Mais pourquoi pas?

12 mars 2013

Libellules (Joël Egloff)

Je laisse beaucoup, ces derniers mois, les bibliothécaires me suggérer mes choix de lecture. Il y a des déceptions, il y a aussi de jolies surprises. Je classe ce petit livre dans les surprises.

C'est un recueil de nouvelles, de tous genres, et l'auteur excelle dans l'exercice.


On a beau avoir deux yeux, ils regardent souvent dans la même direction, si bien qu'au lieu de se compléter, ils travaillent en doublon, ce qui est regrettable. Toute considération esthétique mise à part, s'ils pouvaient, chacun d'eux, faire preuve d'un peu plus d'autonomie, si l'un s'occupait de regarder à droite pendant que l'autre regarde à gauche, on aurait sûrement une vision du monde moins parcellaire. On toucherait d'un peu plus près à la vérité des choses.

Une telle phrase, j'aurais aimé l'avoir écrite...