8 mai 2007

Parents irresponsables !

Si ce n'est pas malheureux, ces parents qui font manquer l'école à leur fils pour un week-end prolongé (1) ! Bel exemple d'incivisme. J'espère que la DDASS va être prévenue (2) ! Et qu'on va leur sucrer les allocs !

Ah ! Heureusement qu'Il (3) va remettre de l'ordre dans tout ça !


(1) Sur un yacht au large de Malte
(2) Je sais, ça ne s'appelle plus comme ça officiellement, mais tout le monde dit toujours la DDASS
(3) Faute de talonnette au clavier, je mets une majuscule, n'y voyez aucune déification

7 mai 2007

Les Français ne sont pas des paresseux

C'est une tribune de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'alternatives économiques, parue aujourd'hui dans Libération.

Attention, si l'on en croit Arno Klarsfeld, l'un des partisans les plus enthousiastes de M. de Petit Botcha, Libération est un journal qui a gravement lésé le nouveau Président de la République... (je sais, je l'ai vu hier soir sur M...6, dans la future ex émission de M. Fogiel, cet impertinent qui ose demander à Mme Morana de répondre à ses questions)
Que ceux qui craignent d'être inquiétés pour avoir lu ce quotidien cessent immédiatement de lire ce texte !

Ce texte, le voici :

Il faut, paraît-il, «réhabiliter la valeur travail». Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne victorieuse. Il considère manifestement que la paresse actuelle des Français est la cause principale des difficultés que rencontre le pays. Il s'agit là pourtant d'une contrevérité qui aurait dû en bonne logique lui coûter l'élection tant le propos est insultant à l'égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant.
Rien n'est plus faux en effet que ce préjugé tenace d'une France paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau des statistiques du travail (BLS), un Français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l'année 2005. C'est certes moins que les 81 000 dollars produits par l'employé américain moyen, mais significativement plus que les 64 100 dollars d'un Anglais, les 59 100 d'un Allemand ou les 56 300 dollars d'un Japonais... Et même en matière de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d'entreprise, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l'organisme statistique officiel de l'Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l'ex-Union à quinze pays. Les Français travaillent presque aussi longtemps que les Anglais (36,5 heures) et significativement plus que les Danois (34,6 heures) dont le modèle social est si envié, ou que les Allemands (34,5 heures) champions du monde de l'exportation. Sans parler des Néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l'ex-Europe à quinze, c'est en Grèce (39,9 heures) et au Portugal (39,2 heures) qu'on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela l'ambition de Nicolas Sarkozy pour l'économie française ?
Contrairement à ce que laisse entendre le nouveau président de la République, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l'Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doute que les entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux high-tech en expansion et s'en sortent nettement moins bien sur le marché mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher outre-Rhin : 33 dollars de l'heure en 2005 pour un ouvrier de l'industrie contre 24,6 en France selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n'est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l'inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le gigantesque gâchis que l'incurie d'un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d'un Noël Forgeard, a provoqué au sein d'Airbus, on se dit en effet que c'est surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l'économie française aurait besoin d'une «rupture».
J'avoue avoir eu un frisson lors du débat pour le second tour, quand j'ai entendu M. de Petit Botcha parler des fonctionnaires comme "un coût". La moindre humanité aurait consisté à dire que leur travail rendait un service à la collectivité... mais on est là dans les dépendances du Medef, qui présente le salariat comme une charge, jamais comme un atout, ou comme une force essentielle...

Enfin, pour ce qui est de se lever tôt pour aller travailler, je n'ai jamais pris un train de banlieue aussi silencieux, aussi morose, aussi résigné...

6 mai 2007

Son altesse le bourreau

Une chanson de Karel Kryl :

V ponurém osvětlení
gotického sálu
kupčíci vyděšení
hledí do misálů
a houfec mordýřů
si žádá požehnání
Vždyť prvním z rytířů
je veličenstvo Kat

Kněz - Ďábel co mši slouží
z oprátky má štólu
Pod fialovou komží
láhev vitriolu
Pach síry z hmoždířů
se valí k rudé kápi
prvního z rytířů
Hle - veličenstvo Kat

Na korouhvi státu
je emblém s gilotinou
Z ostnatého drátu
páchne to shnilotinou
V kraji hnízdí hejno krkavčí
Lidu vládne Mistr Popravčí

Král klečí před Satanem
Na žezlo se těší
A lůza pod platanem
Radu Moudrých věší
a zástup kacířů
se raduje a jásá
že prvním z rytířů
je veličenstvo Kat

Na rohu ulice
vrah o morálce káže
Před vraty věznice
se procházejí stráže
Z vojenských pancířů
vstříc černý nápis hlásá
že prvním z rytířů
je veličenstvo Kat

Nad palácem vlády
ční prapor s gilotinou
Děti mají rády
kornouty se zmrzlinou
Soudcové se na ně zlobili
Zmrzlináře dětem zabili

Byl hrozný tento stát
když musel jsi se dívat
jak zakázali psát
a zakázali zpívat
a bylo jim to málo
Poručili dětem
modlit se jak si přálo
veličenstvo Kat

S úšklebkem Ďábel viděl
pro každého podíl
Syn otce nenáviděl
Bratr bratru škodil
Jen motýl Smrtihlav
se nad tou zemí vznáší
kde v kruhu tupých hlav
dlí - veličenstvo KAT.

5 mai 2007

Voter pour Ségolène Royal, contre Nicolas Sarkozy

Parce que M. Sarkozy est le président de l'UMP, parti au pouvoir qui depuis 5 ans :
  • n'est parvenu à réduire le chômage qu'en trafiquant les chiffres, malgré la conjoncture favorable
  • a augmenté la pauvreté et la précarité, avec des contrats de type CNE
  • a encouragé la spéculation immobilière, provoquant une chute encore plus lourde du pouvoir d'achat (que reste-t-il une fois payé le loyer ou le crédit de la maison ?)
  • a provoqué une augmentation de la violence et des incivilités tout en encourageant les bavures policières
  • a augmenté considérablement les impôts en transférant aux régions de nombreuses dépenses sans transférer les recettes fiscales correspondantes
  • n'a globalement rien réformé, malgré une majorité absolue à l'Assemblée Nationale et au Sénat

Parce que c'est un menteur, et que contrairement à son prédécesseur Chirac, il a repris les idées nauséabondes de M. Le Pen.

4 mai 2007

Sarkozy, l'homme qui a contaminé les policiers

Nos forces de l'ordre semblent avoir perdu leur raison et leur sang-froid, à l'instar de leur ex-ministre et candidat...

Lu dans Libé :

Invitée à un colloque, elle atterrit en centre de rétention

Une Malienne, médecin et spécialiste du sida, a subi trente
heures d'arrestation alors qu'elle arrivait à Paris pour une rencontre
scientifique

Par Eric FAVEREAU
Vendredi 4 mai 2007

C'est la chronique peu ordinaire d'une passagère africaine arrivant à l'aéroport de Roissy. Et embarquée, alors que tout est en règle, dans un épisode digne de Kafka. «C'est terrifiant de ce que cela peut révéler.» Tant Bernard Kouchner, ex-ministre, que Gilles Brücker, directeur de l'Institut de veille sanitaire et fondateur de l'association Solthis, ou Christine Katlama, professeure, spécialiste des maladies infectieuses, se disent abasourdis par ce témoignage. Au point de s'associer pour réagir.
Au départ, voilà une jeune femme présentant parfaitement bien : médecin, spécialiste du sida au Mali. Le mois dernier, elle est invitée, comme cela lui arrive souvent, à participer à un colloque scientifique sur le sida, à Paris, présidé par Christine Katlama. Il s'agit d'une rencontre très officielle puisque, en ouverture de ladite conférence, a été lu un message de bienvenue de Jacques Chirac. «Le 29 mars 2007, raconte ce médecin (1), j'atterris à 6 h 20 à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Au poste de contrôle de police, je suis arrêtée par un policier, sans aucun motif. Il m'amène dans un petit bureau où se trouvent d'autres policiers et des passagers. Il me fait attendre pendant trois heures. Sans un mot. Deux jeunes policières me fouillent ensuite dans les toilettes et, sans explication, me prennent tous mes papiers. Je leur explique, pourtant, le motif de mon voyage, mais elles ne me répondent pas.» Ensuite ? «Un autre policier m'ordonne de signer des papiers sur lesquels est écrit : "Refus d'entrée".» La raison ? «Il me dit que ma date de retour dépasse celle du séjour qui figure sur le visa, et que je ne suis pas inscrite pour la prétendue conférence. Je leur explique que dans mon pays, le Mali, il faut présenter un billet d'avion de retour au consulat de France pour obtenir un visa d'entrée, que la Société Bristol-Myers Squibb, qui a pris mon billet, l'a laissé ouvert jusqu'à un mois, et que, lorsque j'ai obtenu un visa de sept jours, j'ai raccourci mon séjour en France, et qu'enfin, les inscriptions définitives à la conférence se font sur place.» Bref, tout est clair et il n'y a aucune embrouille. «Mais ils n'ont rien voulu comprendre, ils m'ont enfermée dans une petite pièce. On ne pouvait pas se tenir assis, et on m'a dit que je prendrai le vol Air France du même après-midi sur Bamako... J'ai dit aux policiers que j'avais de la famille à Paris. Ils m'ont transférée au centre de rétention de l'aéroport, où je suis restée quatre heures, sans accès à une chambre. Dans l'après-midi, trois policiers sont venus me chercher, m'ont ramenée à l'aéroport pour l'embarquement. Arrivée au contrôle de police des frontières, j'ai cherché à voir un officier de police. Par chance, l'un d'eux s'est arrêté pour écouter mon histoire, et m'a donné raison. Il m'a dit de ne pas embarquer. Il a ordonné aux policiers de mettre un téléphone à ma disposition pour appeler ma famille à Paris et en Afrique.» La mésaventure ne s'arrête pas là. «J'ai pu appeler mon mari, qui a ensuite avisé sa soeur puis notre beau-frère à Paris. Ils sont immédiatement venus à l'aéroport.» Mais ces derniers n'ont pu la rencontrer, l'heure des visites étant dépassée. «Le lendemain matin, mon beau-frère et ma belle-soeur se sont présentés au centre de rétention pour me faire sortir. On nous a fait savoir que mes papiers étaient restés à l'aéroport et qu'il n'y avait au centre aucun officier disponible pour prendre une décision. Après deux heures d'attente, un officier s'est présenté à nous. Mon beau-frère, avec ses décorations de Légion d'honneur et du mérite, s'est porté garant et a demandé au comité d'organisation de la conférence de faxer à la police une copie de mon inscription... C'est comme cela que j'ai retrouvé ma liberté, après plus de trente heures de rétention.» Un détail, encore : «Les policiers qui m'ont reconduite du centre de rétention au poste de police du terminal, visiblement déçus de me voir revenir pour une libération et pas pour un rembarquement, ont conspué leurs collègues du centre de rétention, accusés de faiblesse.» Une bévue ? Une pratique bureaucratique courante ? Un zèle déplacé ? «Il n'y a pas mort d'homme, ni violence, mais c'est ahurissant, réagit avec force Bernard Kouchner. Pour un témoignage ainsi recueilli, combien d'autres jamais révélés ?» Et pour ces trois médecins, une interrogation nouvelle : «Peut-on, aujourd'hui, continuer à inviter nos collègues médecins africains à des échanges scientifiques à Paris si nous les exposons à trente heures de rétention, à des mesures d'expulsion, à des humiliations de toutes sortes ?»
(1) Elle préfère ne pas être identifiée.

3 mai 2007

Sarkozy, candidat des vieux inactifs ?

J'ai été surpris par cet article, d'autant que lors du débat du second tour, il a affirmé que "la loi Fillion permettait de garantir les retraites jusqu'en 2020". Et après ? C'est que moi, je la prendrai normalement 2 ou 3 ans après cette date... Heureusement qu'il affirme péremptoirement connaître ses dossiers...

Je vous donne l'article, je crois quand même nos anciens suffisamment doués de raison pour ne pas commettre (tous) l'irréparable...

L’enquête menée par IFOP pour le JDD et M6 sur les intentions de vote au deuxième tour donne gagnant Nicolas Sarkozy, avec 52,5% (-1,5%) contre 47,5 (+1,5) pour Ségolène Royal, avec 9% d’indécis. Le résultat le plus surprenant de cette étude ne tient pas à ce chiffre, mais au détail de la répartition des votes par tranches d’âges. En effet Ségolène Royal arrive en tête des intentions de votes dans toutes les classes d’âges situées en dessous de 65 ans. Si le candidat de l’UMP parvient tout de même en tête c’est qu’il fait un tabac chez les retraités, avec un score atteignant 75% qui lui permet de combler son retard.

Ventilation par classe d’âge du vote Royal :
18/24 ans 53%
25/34 ans 54%
35/49 ans 56%
50/64 ans 51%
65 ans et plus 25%

Voila donc une réalité sociologique inattendue : c’est le vieillissement de la population qui tire le corps électoral français vers la droite. D’où très certainement la logique d’avoir tapé sur Mai 68, une période sans intérêt pour nous, Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy, mais un moment fondateur pour tous ces vieux qui se sont fait peur à cette époque. Ainsi, loin d’être le candidat du travail et des forces vives comme son discours volontariste semble l’affirmer, Nicolas Sarkozy serait en fait celui de l’inquiétude et des peurs ressenties par une population vieillissante, devant une modernité qui la bouscule et qu’elle refuse.

Ainsi, malgré 5 années de propagande Sarkoziste avec l’aide massive de la plupart des médias, Ségolène Royal serait majoritaire dans le pays dans toutes les catégories d’age de 18 à 64 ans !!!!!!!!
Ainsi, tous les efforts des militants, des sympathisants, la mobilisation d’une partie des abstentionnistes le 22 avril se heurte à cet implacable constat : les trois quarts des seniors de plus de 65 ans ruineront tout espoir de victoire !!!

Avec une préférence de 55 ou 60% pour Sarkozy, cette catégorie des « plus de 65 ans » n’aurait pas pu faire basculer l’élection. Mais avec 75%, chiffre considérable, c’est toutes les intentions de vote des moins de 65 ans en faveur de Ségolène Royal qui sont laminées.

Comment se fait-il que personne n’en parle !!! On peut comprendre l’UMP qui n’a aucun intérêt à ébruiter une telle étude !!! Minoritaire chez tous les moins de 65 ans !! Une information des plus désagréable ! Un échec cuisant ! Il faudra sérieusement se pencher sur la question à court et moyen terme, afin de se rapprocher de cette tranche d’age pour expliquer, rassurer, rétablir certaines vérités.

A moins que tous les enfants et petits-enfants favorables à Ségolène Royal n’appellent leurs parents ou grands-parents avant dimanche 6 mai pour tenter de les raisonner, l’élection est perdue.

En attendant, une seule solution : Une mobilisation sans précédent de la part des abstentionnistes, votes blancs et votes nuls qui devront faire un effort considérable pour simplement rééquilibrer les choses.

Faites circuler cette information autour de vous, et tentons tous de les convaincre autour de nous, autant que faire se peut, au nom de cette terrible et injuste pénalité infligée aux 18-64 ans opposés à Sarkozy. Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=916

Menteur II

Sans commentaire...

La désinformation économique joue un rôle majeur dans l’élection
française
,

par Mark Weisbrot - Center for Economic and Policy
Research.

3 mai 2007

L’élection présidentielle française montre avec force comment une analyse
économique erronée, et des problèmes d’arithmétique plus généraux, peut
déterminer les idées et même l’avenir non seulement d’un pays mais d’un
continent.
Les Etats-Unis ont fait face à une situation similaire lors du débat sur les retraites, où une majorité d’américains a été convaincue - par une tromperie autant verbale que comptable - que le système de retraite allait faire face à de sérieux problèmes financiers quand la génération du « baby boom » allait partir à la retraite. Ce qui est faux !

Le thème général de la campagne de Nicolas Sarkozy qui l’a propulsé en tête à l’issue du premier tour est que l’économie française serait d’une certaine façon « bloquée » et aurait besoin d’être réformée pour se rapprocher de celle des Etats-Unis. Il est également très largement admis que la France aurait besoin de devenir plus « compétitive » dans l’économie mondialisée, la concurrence étant devenue plus rude dans ce monde globalisé.

L’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman est le principal défenseur de la thèse selon laquelle les travailleurs français doivent baisser leur niveau de vie à cause de la globalisation de l’économie. « Toutes les forces de la mondialisation
s’attaquent aux états-providence européens » dit-il. « Les français essaient de préserver une semaine de 35 heures dans un monde où les ingénieurs indiens sont prêts à faire des journées de 35 heures ». Pour Friedman et autres « experts », c’est impossible.

Il est important de comprendre qu’il n’y a aucune logique économique derrière l’argumentaire selon lequel les citoyens d’un pays riche doivent réduire leur niveau de vie ou subir une baisse des programmes sociaux gouvernementaux à cause des progrès économiques des pays émergents. Quand un pays développé a atteint un certain niveau de productivité, il n’y a aucune raison économique devant obliger ses
citoyens à baisser leurs salaires ou acquis sociaux, ou à les faire travailler plus, parce que d’autres pays sont en train de rattraper leur retard. Cette productivité -fondée sur le savoir-faire collectif du pays, sa compétence, sa capitalisation, et son organisation économique - demeure, et augmente même chaque année. La circonstance que la concurrence internationale est utilisée comme excuse par des groupes défendant des intérêts particuliers pour baisser le niveau de vie des travailleurs français, allemands ou américains - ce qui est le cas - démontre que les règles du commerce internationale ne sont pas écrites par les bonnes personnes. Cela révèle un déficit démocratique et non un problème inhérent au progrès économique.

Une autre erreur souvent faite dans ce débat est de comparer le revenu français par habitant à celui des Etats-Unis, une comparaison qui désavantage la France : $30.693 contre $43.144 pour les Etats-Unis (ajusté pour établir une parité entre les pouvoirs d’achat). Mais cette comparaison est injuste parce que les français travaillent moins d’heures que les américains. Les économistes ne disent jamais qu’une personne est moins bien lotie qu’une autre si elle gagne moins parce qu’elle travaille moins. Un meilleur indicateur du bien-être économique, si l’on doit faire une comparaison, est donc la productivité. Or, elle est aussi forte, voire plus forte, en France qu’aux Etats-Unis.

Il convient à ce stade de faire un peu d’arithmétique sur le fort taux de chômage en France chez les jeunes, lequel a déterminé la politique française et influencé l’opinion mondiale durant les émeutes des banlieues en 2005. La méthode standard de mesure des taux de chômage place les chômeurs dans le numérateur, et les chômeurs plus les non chômeurs dans le dénominateur (c/c+nc). Par cette méthode, les français mâles âgés de 15 à 24 ans ont un taux de chômage de 20,8%, comparé à 11,8% aux Etats-Unis. Mais cette différence est principalement due aux fait qu’en France il y a proportionnellement beaucoup plus de jeunes hommes absents du marché du travail - parce qu’un plus grand nombre d’entre eux sont étudiants et que les jeunes en France travaillent beaucoup moins à mi-temps quand ils font leurs études que les jeunes américains. Ceux qui sont absents du marché du travail ne sont comptés ni dans le numérateur ni dans le dénominateur des taux de chômage.

Une meilleure façon de comparer consiste donc à prendre le nombre de chômeurs et de le diviser par la population dans la tranche d’âge 15 à 24 ans. On obtient alors
un taux de chômage américain de 8,3% contre 8,6% pour les français. On voit que
les deux pays ont un sérieux problème de chômage chez les jeunes, lequel se
concentre par ailleurs dans les minorités ethniques. Mais le problème n’est pas
sensiblement pire en France qu’aux Etats-Unis.

Nicolas Sarkozy propose de rendre les licenciements plus faciles, de baisser les impôts (y compris ceux frappant les successions), de revenir en fait sur la semaine de 35 heures, ainsi que d’autres mesures qui favoriseront les salariés à revenus élevés et les chefs d’entreprises. Ces mesures redistribueront les revenus vers le haut, comme cela est le cas aux Etats-Unis depuis plus de 30 ans. Mais, encore une fois, il y a peu ou pas de preuves économiques que ces mesures créeront des emplois ou de la croissance.
Ségolène Royal propose quant à elle une série de mesures pour stimuler la demande à travers toute l’économie - y compris une augmentation du
salaire minimum, des allocations de chômage et la création d’emplois publics.
Tout ceci a un sens économique, puisque les mesures de madame Royal offrent au
moins la possibilité - principalement en stimulant la demande dans son ensemble
et le pouvoir d’achat des consommateurs - de créer des emplois.
Si, par cette élection, la France marque un tournant historique vers la droite, ce sera dû principalement à de la désinformation économique.

(Mark Weisbrot est Co-Directeur du “Center for Economic and Policy
Research”, à Washington. )