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17 mai 2013

Au Bangladesh, une ouvrière du textile meurt tous les deux jours

Un article de Nolwenn Weiler, sur Basta!. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas, la mondialisation libérale, c'est la Shoah à l'échelle planétaire.

Extrait.

Plus de 1 700 morts en huit ans. Tel est le lourd tribut payé par les ouvrières du textile au Bangladesh pour fournir à bas coûts des tee-shirts ou des chemises aux grandes marques occidentales. Avec un millier de morts, la catastrophe du Rana Plaza a enfin attiré l’attention de l’opinion. Et obligé les grandes enseignes à réagir en signant un accord qui devrait faire date. De leur côté, les grandes marques françaises, comme Carrefour ou Auchan, qui continuent de s’abriter derrière leurs codes de bonne conduite, peinent à s’engager véritablement.

Des vêtements destinés à une marque du groupe Carrefour auraient, selon des témoignages d’ONG sur place, été fabriqués dans les ateliers du Rana Plaza, l’immeuble qui s’est effondré le 24 avril dernier au Bangladesh, ensevelissant 1 127 personnes, non loin de Dacca, la capitale du pays. « Nos partenaires ont retrouvé des étiquettes des marques Carrefour (Tex), Auchan (In Extenso) et Camaïeu dans les décombres de l’immeuble Rana Plaza. Nos investigations se poursuivent pour déterminer si ces marques se fournissaient bien auprès de ces usines », précise Dorothée Kellou, de Peuples solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette. Mais le géant français de la grande distribution nie avoir recours aux usines qu’hébergeait l’immeuble qui s’est écroulé. Se contentant d’un bref communiqué qui explique que la marque (Tex, la marque textile de Carrefour) « n’avait pas de relations commerciales avec les fournisseurs du Rana Plaza ». Carrefour a cependant indiqué au dernier moment, dans la soirée du 14 mai, que le groupe rejoignait finalement les signataires de « l’accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments au Bangladesh », que plusieurs poids lourds de l’habillement, tels Zara, H&M et C&A, ont signé le 13 mai.

La suite ici.

28 février 2013

Dix choses à savoir dire tous les jours

1. Voilà ce que je pense.

2. J'avais tort.

3. C'était génial.

4. Mais de rien.

5. Je peux vous aider ?

6. Veuillez m'excuser.

7. Vous pouvez me montrer comment vous faites ?

8. Je vous aide à finir ça.

9. Je t'aime.

10. (Rien)

Je vous laisse réfléchir à l'application de ces dix choses dans votre quotidien.

20 février 2013

Franco n'est toujours pas mort en Espagne, juste à côté...

C'est un jour de triste anniversaire que le 20 février. Il y a dix ans, avec une violence extrême dont elle n'a cessé de faire preuve depuis 70 ans, la police espagnole investissait les locaux du quotidien Egunkaria, le forçant à la fermeture, embarquait notamment son directeur, Martxelo Otamendi, et le torturait, dans l'indifférence générale de la communauté internationale et, en France, de la paire Chirac-Raffarin.

Depuis, l'Espagne a été condamnée par la Cour internationale de justice pour la torture, mais l'état espagnol continue de se déliter, avec une monarchie discréditée par les scandales de corruption et par l'ouverture des archives diplomatiques allemandes (qui a démonté le mythe du roi "sauveur de la démocratie" lors de la tentative de coup d'état du 23 février 1981), et un gouvernement néofranquiste (le "parti populaire" de M. Rajoy) également corrompu jusqu'à la moëlle.

20 décembre 2012

Fin du monde en Afrique ?

La Françafrique n'est pas morte, elle se porte même plutôt bien : un article de Mathieu Lopes dans Survie nous explique comment elle se cache derrière l'ONU pour conserver sa mainmise sur le continent.

Qu’est-ce qui se cache Ladsous ? La chasse gardée de la France à l’ONU

Le « chef de l’armée du monde », selon le titre pompeux du Journal du Dimanche (du 6 mai 2012) est un Français méconnu : Hervé Ladsous. Ancien chef de cabinet de Michèle Alliot-Marie puis d’Alain Juppé, il dirige, depuis 2011, le Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, communément appelé DPKO.

Hervé Ladsous
Le DPKO, c’est une tradition française. Comme cela a déjà été relaté dans Billets d’Afrique, le DPKO, créé en 1992, a été dirigé par des Français sans discontinuer depuis 1997. Matthew Russel Lee, journaliste d’investigation indépendant de Inner City Press (ICP), relevait, lors de la nomination de Ladsous à la tête du DPKO, que c’est un autre Français, Jérôme Bonnafont, qui était initialement pressenti.
Cette nomination appelait le commentaire suivant de Mathew Lee, en septembre 2011 :
« Inner City Press a demandé au nouveau porte- parole de Ban [Ki Moon], Eduardo del Buey, de décrire le processus de sélection et si un seul des finalistes n’avait pas été français. Sa réponse a été générale, affirmant que l’ensemble des sélections à l’ONU, comme celle- ci, était transparente. Mais il en est autrement pour le chef du maintien de la paix, comme pour tous les postes de sous-secrétaires généraux. Kofi Annan « donna » le DPKO à la France alors qu’il était secrétaire général. De Jean-Marie Guéhenno, le poste passa à Alain Le Roy, et maintenant à un troisième Français d’affilée. Il est utile à la France d’avoir le DPKO : encore cette semaine, à Paris, Nicolas Sarkozy s’est vanté de l’intervention militaire de son pays en Côte d’Ivoire et en Libye [3]. Comme révélé dans les documents exclusifs que Inner City Press a publiés, cela ne pose aucun problème à la France d’utiliser le DPKO pour favoriser ses intérêts économiques. »
Depuis, le journaliste a exhumé le passif de Ladsous dans plusieurs dossiers françafricains et a régulièrement critiqué sa gestion du DPKO, jusqu’à interroger sa réelle compétence pour le poste. En réaction, Hervé Ladsous a décidé de ne plus répondre aux questions de Matthew Lee, de manière plutôt abrupte au regard de l’atmosphère toute diplomatique qui règne aux conférences de presse de l’ONU.

Hervé Ladsous et le Rwanda

Peu après sa prise de fonction, Inner City Press a interrogé Ladsous sur le Rwanda en 1994 et la position française « qui consista à soutenir les massacres menés par le colonel Theoneste Bagosora », alors qu’Hervé Ladsous était le représentant adjoint de la France à l’ONU.
Ladsous esquiva la question, en disant dédaigneusement que « le Rwanda c’était il y a quinze ans ». Dans le panégyrique du JDD, le « génocide au Rwanda » ainsi que le siège de Sarajevo sont évoqués ainsi : « Deux épisodes qui ont illustré la faiblesse de l’ONU, accusée d’être devenue complice des horreurs commi­ses sous ses yeux dans ces deux pays meurtris. “À la surface, oui, ce sont des échecs des Nations unies, confesse Ladsous, mais ce sont avant tout des échecs de la communauté des États qui composent l’ONU, parce que le mandat n’avait pas été défini de manière claire, réaliste ou raisonnable. Il faut avoir le courage de dire aux États qu’ils ne peuvent pas nous demander de faire des miracles.” »
Hervé Ladsous est pourtant particulièrement bien placé pour savoir quels sont les rouages de ces échecs. C’est lui qui représentait la France lors de la séance du Conseil de sécurité du 21 avril 1994 qui vota la diminution des effectifs de la MINUAR au Rwanda. Lors de cette séance, le génocide des Tutsi avait commencé depuis quinze jours.
Or, d’après de hauts gradés français de l’époque, moins de 2000 hommes auraient alors suffi pour arrêter le génocide. Quelques semaines plus tard, la France, arguant de la passivité de la communauté internationale, intervenait au Rwanda via l’Opération Turquoise, alors qu’elle avait justement contribué à cette passivité en votant la réduction de la MINUAR à 10% de ses effectifs.
Il est vrai qu’un commandement 100% français a permis à la France de mener une opération ambiguë mi-humanitaire, mi-soutien au régime génocidaire, ce que n’aurait probablement pas permis la MINUAR.
Et c’est justement depuis Turquoise, très contestée, que la France s’efforce – le plus souvent – d’obtenir un mandat de l’ONU pour ses opérations. Le hasard faisant bien les choses, le DPKO est aux mains des Français depuis 1997. Autre heureux hasard : d’après le Journal du Dimanche, c’est à la demande d’Alain Juppé, un des plus fervents défenseurs de l’action de la France au Rwanda, qu’Hervé Ladsous avait finalement été préféré pour le poste.

Ben Ali, Sahara Occidental, Haïti : les autres questions qui dérangent

Mais le Rwanda n’est pas la seule casserole que traîne Ladsous. D’après Matthew Lee, ce n’est autre que Ladsous, alors chef de cabinet de Michèle Alliot-Marie, qui aurait organisé les scandaleux voyages de la ministre dans l’avion d’un homme d’affaire proche du dictateur tunisien Ben Ali.
Sur la question des conflit d’intérêts, le journaliste d’Inner City Press pose aussi les questions en interpellant le responsable du DPKO sur ses anciennes fonctions diplomatiques dans lesquelles il a défendu la position française et sa gestion, aujourd’hui, de situations où la France n’est pas neutre.
À la mi-octobre 2012, le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Juan Mendez, faisait état de cas de torture perpétrés par les autorités marocaines au Sahara occidental. Or, la France est le seul pays, avec le Maroc, qui s’est toujours opposé à ce que la MINURSO soit pourvue d’un volet d’observation du respect des Droits humains. A cette occasion, Matthew Lee interrogea Ladsous pour connaître, d’une part, son avis sur le rôle de la MINURSO, et d’autre part, sur le conflit d’intérêts potentiel sur ce dossier avec ses anciennes fonctions de représentant adjoint de la France à l’ONU. Hervé Ladsous refusa de répondre, comme sur les autres sujets dérangeants, arguant que le journaliste faisait des insinuations insultantes.
Pourtant, ce genre de questions est courant à l’ONU : Jeffrey Feltman, le directeur du Département des affaires politiques s’est expliqué plusieurs fois sur le conflit d’intérêts potentiel avec ses anciennes fonctions au Département d’État américain. Son prédécesseur, le nigérian Ibrahim Gambari, répondait souvent aux questions sur les liens possibles avec ses anciennes fonctions dans les services nigérians, à l’ONU ou à l’Union africaine.
 
« Européanisation » de l’ONU en Afrique et désinformation

Au-delà de la personne d’Hervé Ladsous, Inner City Press note un dysfonctionnement global de l’ONU, notamment sur l’Afrique, en particulier en termes d’information. Par exemple, le comité des sanctions de l’ONU sur la Côte-d’Ivoire a tenté récemment de lier les soutiens de Laurent Gbagbo à des groupes terroristes au Mali.
Si personne n’y croit sérieusement, cela a pu peser sur le rejet de la demande de mise en liberté de Laurent Gbagbo à la CPI, puisque le procureur s’est appuyé sur ce rapport « fuité » pour plaider contre sa libération.
Matthew Lee rappelle aussi que le rapport de Steve Hege, le responsable de l’ONU en République démocratique du Congo, a été fortement contesté – pas uniquement par le Rwanda. Hege s’étant montré assez peu objectif, notamment dans un de ses articles en 2009, où il avait présenté les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) comme « des victimes » pour lesquelles il ne cachait pas sa sympathie, il faut en effet s’interroger sur le positionnement que ce dernier donne à l’ONU sur ce conflit, dont il impute l’essentiel des responsabilités au Rwanda.
Récemment, c’est la nomination de Romano Prodi, ancien président de la Commission européenne, comme envoyé spécial de l’ONU au Sahel qui a fait grincer des dents à l’Union africaine et dans certains départements de l’ONU. Certains pointent du doigt une « européanisation » des missions africaines de l’ONU sous Ban Ki-Moon. En effet, les responsables des dernières missions de l’ONU au Libéria, en Sierra Leone, en Côte-d’Ivoire sont tous européens, et c’est l’ancien ambassadeur des États-Unis au Congo qui dirige la MONUSCO.
En ce qui concerne Prodi, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer son absence de qualifications pour le poste. Comme pour Ladsous ou bien d’autres, il semble que ce soit uniquement des raisons politiques qui aient présidé à ce choix.
Les Nations unies, loin d’être un espace de neutralité au-dessus de la mêlée de la guerre des Nations, semble plutôt reproduire les rapports de domination entre les États, du moins en ce qui concerne l’Afrique, où la position de l’institution semble n’être que la somme des intérêts des grandes puissances.
Cela doit interroger celles et ceux qui, s’opposant à l’impérialisme français, espèrent s’en remettre à des mandats ou une légitimité de l’ONU. Quand, en plus de son siège de membre permanent au Conseil de sécurité, la France accapare la direction du DPKO, qui dirige « l’armée du monde », il est illusoire d’espérer une quelconque neutralité de l’ONU sur les questions françafricaines.

Je rappelle la source: Survie, un site que tout le monde doit lire (et soutenir)

Le changement, c'est pour quand ?

25 juillet 2011

Génocide en Ethiopie

C'est Survival France qui en parle et cela touche bien plus de 80 personnes.

Une enquête de Survival International a apporté des preuves alarmantes selon lesquelles les tribus indigènes sont spoliées de leurs terres agricoles les plus productives pour être allouées à des compagnies étrangères qui y pratiqueront une agriculture intensive d’exportation – alors que des milliers de personnes souffrent de la famine en cette grave période de sécheresse qui affecte le sud de l’Ethiopie.

Des grandes étendues de terres fertiles de la vallée de l’Omo, au sud-ouest de l’Ethiopie, ont été cédées à des compagnies malaisiennes, italiennes et coréennes, ou sont directement gérées par l’Etat, pour y pratiquer une agriculture d’exportation, alors que les 90 000 autochtones qui vivent dans la région dépendent étroitement de leur terre pour leur survie.

Le gouvernement projette d’étendre à 245 000 hectares la superficie des terres qu’il destine principalement à la culture de la canne à sucre.

Des dizaines de milliers d'autochtones dépendent de la rivière pour leur survie.
Des dizaines de milliers d'autochtones dépendent de la rivière pour leur survie.
© E. Lafforgue/Survival

Des millions de personnes endurent la famine en cette période de sécheresse, la plus rude que connaît cette région depuis ces soixante dernières années. Les tribus de la vallée de l’Omo sont pour le moment relativement à l’abri. Mais le gouvernement les considère comme des ‘arriérés’ et est déterminé à les ‘moderniser’. Il veut que, de fermiers auto-suffisants, éleveurs et chasseurs, ils se convertissent en ouvriers agricoles dans les plantations. Cependant ils pourraient tout simplement être expulsés de leurs terres.

Une partie du projet gouvernemental implique la construction d’une série de barrages le long de la rivière Omo, dont celui de Gibe III qui deviendra le plus grand barrage du continent africain. La construction de centaines de kilomètres de canaux d’irrigation suivra celle du barrage, détournant les eaux indispensables à la survie des tribus qui ne pourront plus compter sur les crues annuelles pour cultiver.

Les populations locales, qui n’ont jamais été consultées, ont été réduites au silence avec l’interdiction de s’adresser aux étrangers ou aux journalistes. Un visiteur qui s’est récemment rendu dans la région à révélé à Survival que le gouvernement et ses forces policières répriment, emprisonnent, torturent les autochtones et violent leurs femmes pour déjouer toute opposition à la spoliation de leurs terres. Un membre d’une tribu lui a déclaré : ‘Notre peuple vit désormais dans la peur – il craint le gouvernement. S’il vous plaît, venez au secours des peuples pastoraux du sud de l’Ethiopie, ils vivent sous une terrible menace’.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Les tribus de la vallée de l’Omo ne sont pas ‘arriérées’ et n’ont pas besoin d’être ‘modernisées’ – elles sont tout autant dans le XXIe siècle que les multinationales qui cherchent à s’approprier leur terre. Le tragique de cette affaire est qu’en les forçant à devenir des ouvriers agricoles, leur qualité de vie sera réduite à néant et ils seront condamnés à la famine et à l’exclusion, comme bon nombre de leurs concitoyens’.

17 juin 2007

U comme Unique, M comme Mafia, P comme Présidentielle

Pierre Catalan, sur son blog, nous rappelle quelques faits historiques en Polynésie française.

Flosse septique

Le Canard, puis d'autres journaux, dont Libération, ont reparlé récemment des comptes Nippons de Jacques Chirac, cette rumeur qui avait fait jour avec Clearstream, et qui est réapparue avec les petits carnets du Général Rondot.

Dans les années 1980, deux vrais journalistes menaient l'enquête sur le système Flosse à Tahiti. L'un des deux est mort mystérieusement, et l'enquêteur de sa disparition, un gendarme, a été muté loin, très loin, en Polynésie. Ce n'est pas un cauchemard, c'est la République française. Un petit mot de celui des deux journalistes qui peut encore aujourd'hui écrire, 21 ans après les faits. Pour réveiller la conscience professionnelle des journalistes. Pour réveiller notre conscience citoyenne.

Il y a 21 ans, j'étais à la tête des Nouvelles de Tahiti et j'avais choisi pour m'épauler un rédacteur en chef /enquêteur talentueux - Jean-Pascal Couraud - mystérieusement "suicidé", il y a plus de dix ans maintenant, après que Flosse eût obtenu de mes employeurs, après quelques intimidations de personnages très haut placés, mon renvoi manu militari en métropole. En 24 heures. Mon quotidien, qui mettait en cause Flosse régulièrement pour ses pratiques peu orthodoxes fut alors rapidement vendu au groupe Hersant...

Nous avions parfaitement identifié, Jean-Pascal et moi, les réseaux qui irriguaient les caisses d'un parti dont le chef nourrissait des ambitions présidentielles. Au mépris des lois et de la justice. Même les juges locaux, à l'époque, nous condamnaient quasiment toutes les semaines pour diffamation. Nous étions en pleine cohabitation et mon chef de service à Paris - j'étais également correspondant du Monde à Papeete - m'assurait que le "Château" désapprouvait mes initiatives pour lutter contre la corruption endémique qui pourrissait le territoire.

Il est trop tard, aujourd'hui, pour empêcher les corrupteurs d'agir. Pour se lamenter sur la vaisselle brisée, sur la confiance perdue. la Polynésie s'est accoutumée au cynisme ambiant et comme me l'avait dit un ministre de Flosse à l'époque: "Nous, Polynésiens, nous ne nous aimons plus... Tu avais raison de nous mettre en garde dans tes éditoriaux." Ce qui faisait sourire la presse de métropole, dans les années 80, a ruiné la foi des Tahitiens dans leur système politique et a entraîné, directement ou indirectement, la mort du plus valeureux journaliste local : Jean-Pascal Couraud, un ami cher. L'histoire de Flosse est édifiante, universelle. Les Flosse ont de beaux jours devant eux, ici ou ailleurs, si l'on traite avec condescendance le travail des enquêteurs locaux, des soutiers du journalisme.



Le RPR, puis l'UMP, n'a jamais cessé de soutenir Gaston Flosse. Ce sont d'ailleurs deux députés UMP qui viennent d'être élus en Polynésie...

14 juin 2007

Fascisme polonais

La république des livres revient sur un des aspects du fascisme au pouvoir en Pologne (les frères Kaczynski) : la censure. Je cite :
Mais qu’est-ce qui leur prend en Pologne ? Depuis que les frères Kaczynski la dirigent, il ne se passe guère de semaine sans qu’une initiative soit lancée pour nous hérisser le poil. A croire qu’ils le font exprès. Cette fois, c’est Roman Giertych, le ministre de l’Education nationale qui s’y est collé ; et comme il représente la Ligue de la famille polonaise dans un gouvernement de coalition au sein duquel il est également vice-premier ministre, son projet n’en a que plus de poids. Il veut tout simplement épurer les programmes des lycées en en expulsant Joseph Conrad coupable d’avoir abandonné le polonais pour l’anglais (et sa nationalité avec), Witold Gombrowicz coupable de Ferdydurke, Le proçès de Franz Kafka on se doute pourquoi, Faust de Goethe on se demande à peine pourquoi et Dostoïevski tant qu’à faire. Ils ne sont pas interdits, ils sont virés. Il veut les remplacer par des auteurs conservateurs dont les livres offrent une contenu nettement plus “patriotique et catholique” tels que ceux de Jan Dobraczynski et de Jean-Paul II. Tout cela s’inscrit dans un climat général où l’on va jusqu’à attribuer à Aristote l’Apologie de Socrate tant Platon est mal vu dans un pays où les manifestations de fierté homosexuelle sont soit interdites soit boycottées.

On s’en doute, cette initiative a entrainé de véhémentes protestations d’écrivains polonais. La plus originale est celle des héritiers du prix Nobel Henryck Sienkiewicz, auteur notamment du célébrissime Quo vadis ? Ils ont demandé à ce qu’il soit lui aussi expulsé des programmes, ce qui est à leurs yeux plus honorable que d’y côtoyer ceux que le ministre veut y faire entrer. Bon sang ne saurait mentir. On l’écrit pour saluer cette réaction si rare de la part d’ayant-droit, et pour remarquer aussi que Roman Giertych est le fils de l’eurodéputé qui a récemment lancé à Bruxelles le débat remettant en cause la théorie de l’évolution de Darwin…

18 février 2007

新年好!

Bon nouvel an chinois !

Allez, un peu de RFI :

Fertilité et prospérité

La particularité de cette année est le signe du «Cochon d'or», extrêmement bénéfique d'après l'astrologie chinoise comme synonyme de prospérité et de fertilité. Un signe de bon augure, qui incite les familles chinoises à enfanter. Les hôpitaux nationaux s'attendent ainsi à un véritable baby-boom ces mois prochains, une augmentation de l'ordre de dix à quinze pour cent des naissances, selon différentes estimations. Car les natifs du Cochon (tous les douze ans) sont réputés pour apporter la richesse à leur famille. D'ailleurs le signe chinois «foyer» est composé avec le signe «cochon». Mais pour bénéfique qu'il soit au monde culturel chinois, l'animal le plus consommé dans le pays -et son symbole chanceux- n'est pas au goût de tous.

Le grand imam de Taipei (Taiwan) a officiellement protesté après que le gouvernement lui ait adressé une carte de vœux à l'image du porcin. Juste après, les autorités centrales chinoises de Pékin ont intimé à toutes les chaînes de télévision nationales de retirer de leurs publicités l'image de l'animal, officiellement pour «ne pas heurter la sensibilité traditionnelle de certaines ethnies», sous-entendu les douze millions de musulmans que compte le pays. Ce geste de tolérance, que rien n'oblige dans la religion musulmane, a surtout forcé les annonceurs publicitaires à modifier à la dernière minute leurs spots. Une grande marque de soda américain a ainsi remplacé l'animal prospère par un panda. Partout ailleurs que sur le petit écran, sur les murs des villes, sur les devantures des magasins, à l'intérieur des foyers, les représentations du cochon de 2007 sont omniprésentes en Chine, symbole de bonheur, de famille et de prospérité.
La tolérance a des progrès à faire à Taiwan...

30 décembre 2006

Barbarie

La peine de mort n'est qu'une forme de barbarie.

Il n'est pas question d'oublier les nombreux crimes commis par Saddam Hussein abd Al-Majid Al Tikriti.

Mais le pouvoir irakien en place aurait fait preuve, dans un pays où des gens meurent tous les jours d'une guerre affreuse, de grandeur et d'indépendance en ne suivant pas la voie de son maître américain.

Comme disait je ne sais qui "oeil pour oeil, le monde deviendra aveugle". Ne l'est-il déjà pas ?

26 décembre 2006

ジュワイユーノエル!

(Meri kurisimasu - comprenez Merry Christmas)
Lu dans Libération :
Les couloirs de la mort japonais n'ont que faire des départs en vacances et des visites au sanctuaire pour aller prier les dieux de la vie et de l'amour. Les couloirs de la mort japonais ne connaissent pas la trêve de la Noël. Hier, après une pause de plus d'un an, le Japon a décidé de reprendre les exécutions. En ordonnant non pas une, mais quatre mises à mort. Une façon de célébrer les quatre mois au pouvoir du Premier ministre, Shinzo Abe, dont le gouvernement a fait une priorité de la lutte contre l'insécurité et la multiplication inquiétante des crimes.
Comme d'habitude, car c'est la coutume dans un Japon qui compte près de un millier de condamnés à perpétuité et où le débat sur la peine de mort reste néanmoins marqué du sceau du silence, le nom des condamnés pendus hier n'a pas été rendu public. [...]
Voilà un grand progrès pour l'humanité, de la part d'un pays qui nous avait habitué à mieux... enfin... après 1945...

Trouvé ici, par exemple...

De 1933 à 1945, le Japon mena d'affreuses expériences sur des cobayes humains (les marutas) de diverses nationalités .

Les civils chinois mais aussi les prisonniers de guerre britanniques et américains constituèrent en des termes violents, les "rats de laboratoire" des chercheurs nippons. En effet, les Japonais considérant la reddition comme le déshonneur suprême, les forces militaires japonaises appliquaient ce même type de raisonnement à leurs ennemis. Un prisonnier de guerre n'était plus rien ! Bien qu'aujourd'hui bon nombre de japonais continuent de nier l'existence de telles pratiques et mettent même en doute le monstrueux sac de Nankin, les crimes japonais n'ont finalement rien à envier à ceux perpétrés par les médecins nazis, tel Mengele, dans les camps de la mort allemands. Quant à Nankin, des milliers de Chinois y trouveront la mort tandis qu'un nombre incalculable de femmes y furent violées puis assassinées en compagnie de leurs enfants.

À partir de 1931, en Mandchourie, un centre d'expérimentation sur l'utilisation militaire d'armes bactériologiques fut créé. Deux années plus tard, une équipe, dirigée par la médecin Shiro Ishii, commença à utiliser des cobayes humains pour ses expérimentations. Cette unité, dite 731 marque un bien triste record : elle généra la mort d'environ 3.000 personnes dans d'horribles conditions.

Dans le Mandchoukouo (l'état fantoche créé par les Japonais en Chine avec à sa tête Pou Yi, le dernier empereur de Chine), à Pingfan, dans le sud de Harbin, se trouvait un grand centre. Un complexe de 150 bâtiments, divisé en 8 services travaillaient en concurrence pour trouver la "meilleure" arme. Au coeur de ce complexe, se trouvait le "bloc Rô" où s'opéraient des expériences sur des êtres humains. Toutes les personnes arrêtées arbitrairement à Harbin devenaient alors des marutas. Maruta signifiant en japonais bout de bois ou bâton, on peut aisément imaginer la considération que les chercheurs japonais et leurs séides portaient à ces malheureux hommes...

À titre d'exemple, certaines expériences consistaient à faire exploser des "bombes à gangrènes" ou porteuses de bacilles de maladies à proximité de cobayes. Les victimes étaient attachées à des poteaux, la tête et le dos protégés afin d'éviter une mort immédiate due à l'explosion elle même... On testait également des shrapnels porteurs de maladies, la résistance au froid, l'exposition aux rayons X, la suppression atmosphérique (on augmentait ou abaissait la pression de l'air), la vivisection... L'horreur était quotidienne. A 500 km de Pingfan, existait le camp de Moukden : un camp de 1 485 prisonniers de guerre alliés. Des expériences étaient menées sur eux afin d'en constater les effets sur les occidentaux. Les résultats étaient ensuite envoyés à Pingfan pour analyse.

Au Japon cette fois-ci, à côté de Tokyo, un groupe de recherche mixte fut constitué de scientifiques et de militaires. Ils utilisèrent eux aussi les résultats des affreuses expériences réalisées en Chine occupée. En coopération avec le haut commandement, ce groupe devait réfléchir à l'utilisation d'armes bactériologiques et/ou chimiques contre les populations civiles américaines ! En effet, dès la fin de l'année 1942, les Japonais avaient imaginé une multitude de solutions plus ou moins fantaisistes pour porter le conflit sur le territoire des États-Unis. D'aucuns par exemple, avaient prôné l'envoi de sous-marin géants, transporteurs d'hydravions, au large des côtes californiennes. Objectif : mener des raids aériens nocturnes. Cela restait d'une efficacité plus que douteuse sur un plan strictement militaire...
[...]

Malgré le caractère abominable de ces crimes, très peu de Japonais furent poursuivis. Quelques chefs de guerre tout de même furent jugés par les alliés américains et britanniques pour crimes de guerre, d'autres par les Soviétiques.

On n'en est certes pas encore là... mais on peut se poser des questions... la lepénisation du Japon ? Le premier ministre actuel, M. Abe, ne gagne pas à être connu, si l'on en croit cet article du "Diplo" :

Fortement secouée par l’essai nucléaire effectué le 9 octobre dernier par la Corée du Nord, l’Asie du Nord-Est avait été non moins perturbée, quelques jours auparavant, le 26 septembre, par l’entrée en fonctions au Japon d’un nouveau premier ministre, M. Shinzo Abe.

Issu, comme son prédécesseur, M. Junichiro Koizumi, du Parti libéral-démocrate (PLD), qui domine la vie politique au pays du Soleil-Levant depuis 1955, M. Abe, 52 ans, est le plus jeune premier ministre nippon depuis 1945. Il n’en est pas moins considéré par la gauche japonaise comme un politicien ultralibéral, archiconservateur et nationaliste. Ses adversaires dans la région n’hésitent pas à le qualifier de « faucon ».

Fils d’un ancien ministre des affaires étrangères, M. Abe appartient à une grande dynastie de la droite au passé sulfureux, avec lequel il n’a pas pris de distance. Son grand-père, Nobusuke Kishi, fut ministre dans le cabinet de guerre du général Tojo, qui lança l’attaque sur Pearl Harbor. Arrêté en 1945 en tant que suspect de crimes de guerre, Kishi ne fut finalement pas jugé par le tribunal militaire de Tokyo (équivalent, pour les grands criminels de guerre japonais, du tribunal de Nuremberg, qui jugea les dirigeants nazis) car les Américains, la guerre froide s’amorçant, souhaitaient reconstruire une droite japonaise. Kishi fut donc un de leurs hommes. Libéré en 1948, et nommé deux fois premier ministre, en 1957 et en 1958, il signa un nouveau traité mutuel de sécurité avec les Etats-Unis.

Un grand-oncle de M. Abe, Yosuke Matsuoka, ministre des affaires étrangères, était partisan de l’expansionnisme nippon en Asie. En 1940, il fit adhérer le Japon à l’Axe, l’alliance formée par l’Allemagne de Hitler et l’Italie de Mussolini. Accusé lui aussi de crimes de guerre, il mourut en prison avant d’être jugé.

Dans un pays qui n’a pas officiellement demandé pardon pour ses crimes de guerre, M. Abe n’a jamais renié vraiment un tel passé familial. Au contraire, dénonçant ceux qui portent un regard « masochiste » sur l’histoire du Japon, il minimise les responsabilités de son pays. Il s’est rendu régulièrement au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les militaires « ayant donné leur vie pour le Japon », parmi lesquels quatorze criminels de guerre (et son grand-oncle Matsuoka), comme M. Koizumi. Ce qui avait valu à celui-ci, on s’en souvient, de ne plus être reçu à Pékin ni à Séoul, qui l’ont accusé de « révisionnisme » et de « vouloir glorifier le passé militaire du Japon ».

Issu du clan le plus droitier du PLD, M. Abe a bâti sa carrière publique en dénonçant le sort fait aux Japonais survivants enlevés jadis, à l’époque de Kim Il-sung, sur les plages nippones par des agents nord-coréens. C’est en réclamant toujours plus de fermeté et de sanctions contre la Corée du Nord, non sans démagogie (car il ne resterait plus qu’un seul cas en litige), et en flattant les sentiments racistes anticoréens relayés par de nombreux médias, que M. Abe est devenu populaire. Il a exigé, et obtenu, le 19 septembre dernier, de nouvelles sanctions contre Pyongyang après les essais balistiques nord-coréens du 5 juillet. Et a annoncé, au prétexte de la « menace nord-coréenne », son intention de modifier, par référendum, l’article 9 de la Constitution pacifiste pour permettre de transformer les forces d’autodéfense du Japon en véritables forces armées débarrassées des limitations exigées en 1945 par les vainqueurs. Une intention désormais encouragée, à Washington, par l’entourage du président George W. Bush, qui souhaite disposer en Asie du Nord-Est d’un allié militairement puissant pour contenir la Chine.



21 décembre 2006

Unai et Itziar

Un communiqué du collectif Askatasuna, le 20 décembre 2006 :

La 14ème section anti-terroriste de Paris [la presse gratuite parisienne indique : le "tribunal correctionnel" - ça donne une idée de la fiabilité des informations qu'elle publie et du sérieux de ses journalistes...] a rendu son verdict dans le procès des avocats Unai Errea et Itziar Larraz, et des prisonniers politiques basques Lorentxa Beyrie, Ainhoa Mujika, Josetxo Otegi et Aintzane Orkolaga, à qui les deux avocats sont accusés d’avoir passé des documents de façon frauduleuse. Nous le voyons une fois encore aujourd’hui : cet appareil judiciaire spécial est un véritable tribunal de guerre contre les citoyens basques.

En ce qui concerne les deux avocats, Unai Errea a été condamné à 4 ans de prison et Itziar Larraz à 3 ans. Tous deux ont été arrêtés immédiatement après l’énoncé du verdict, et sont incarcérés. Ils sont condamnés également à 10 d’interdiction d’exercer leur métier et à l’interdiction définitive du territoire français.[...] Après la dispersion meurtrière, après le rallongement arbitraire des condamnations jusqu’à la perpétuité (Iñaki de Juana en est à son 43ème jour de grève de la faim, dans un état très grave, et trois autres prisonniers de l’État espagnol ont rejoint son mouvement ces derniers jours : Sebas Prieto, Gorka Martinez et Jon Garmendia), après la privation de soins et de droits, après le durcissement des conditions de détention, ce sont ses avocats qu’on emprisonne. Jusqu’où iront les deux États qui combattent le peuple basque avec tant d’acharnement ? Et croient-ils vraiment qu’il leur suffira ensuite de quelques petits retours en arrière pour nous donner l’illusion de grands pas politiques ?

Quant aux quatre prisonniers, ils sont tous condamnés à 5 ans de prison et à l’interdiction définitive du territoire français sous l’accusation d’être restés en relation avec ETA. Différents points sont à souligner dans ce procès surréaliste. Tout d’abord, de tels faits relèvent habituellement d’une procédure administrative interne à la prison, et non d’une procédure judiciaire. C’est une première, et cela montre la volonté des autorités française de s’aligner sur l’Espagne dans la recherche du moindre prétexte pour maintenir les prisonniers basques le plus longtemps possible derrière les barreaux. Ainsi, et dans la mesure où chacun de ces prisonniers a été et/ou sera lourdement condamné dans d’autres dossiers, il devient évident que ces condamnations obéissent à une volonté politique de frapper ces militants le plus durement possible. (Voir le procès dernier procès parisien en date, lors duquel 14 militants basques ont reçu de très lourdes peines, certains pour la troisième fois !). Nous le redisons : c’est le chemin opposé à une résolution démocratique du conflit, c’est le chemin opposé à la justice et à la démocratie tout court. C’est une provocation évidente.
[...]


9 décembre 2006

Ça fait du bien

Malgré la méchanceté dont j'ai fait preuve dans mon post précédent vis-à-vis des États-Unis (leur envoyer Sarkozy, quand même...) j'aime bien ce pays qui a vu naître ou grandir Groucho Marx (ma seule référence marxiste) et Michael Moore. Celui-ci a publié dans le Los Angeles Times un texte traduit dans Courrier International. Je vous le livre ici.

Je souhaiterais tendre un rameau d’olivier. Ceux d’entre vous qui se disent conservateurs et votent généralement républicain viennent de passer quelques semaines douloureuses. Faites-moi confiance, je sais ce que c’est. De fait, nous autres du camp adverse ne savons pas vraiment ce qu’est la victoire et, si nous n’avons pas l’air très à l’aise ces derniers temps, il ne faut pas nous en vouloir. Je sais que vous êtes décontenancés par les résultats du 7 novembre.
Ce que je ne veux pas, c’est que vous sombriez dans la même grande frousse qui nous a envahis, à gauche, pendant plus de vingt ans. Certes, c’en est fini de votre révolution républicaine, mais accrochez-vous quand même. Ne vous laissez pas abattre. Ni moi ni les millions d’électeurs qui ont voté démocrate n’avons intérêt à crier vengeance pour les douze dernières années. Bien au contraire, laissez-moi vous faire douze promesses quant à l’attitude que nous adopterons envers l’opposition dans les années à venir.
Voici donc mon
Serment d’un progressiste à des conservateurs démoralisés :

1 – Nous vous respecterons toujours. Jamais, au grand jamais, nous ne vous traiterons d’
“antipatriotes” au seul motif que vous n’êtes pas d’accord avec nous. Mieux, nous vous encourageons à la dissidence et au désaccord.

2 – Nous vous laisserons épouser qui vous voulez (et cela bien que certains d’entre nous jugent le comportement républicain
“différent”, voire “immoral”). Qui vous voulez épouser n’est pas notre affaire. Aimez, tombez amoureux – c’est un merveilleux cadeau.

3 – Nous ne dépenserons pas l’argent de vos petits-enfants pour nos caprices personnels ou pour enrichir nos amis. Ce sont vos comptes à vous aussi, et nous les équilibrerons pour vous.

4 – Bientôt, quand nous ferons rentrer d’Irak nos fils et nos filles, nous ramènerons aussi vos fils et vos filles. Nous nous engageons à ne jamais envoyer vos enfants dans une guerre fondée sur une présentation PowerPoint minable mitonnée par des types qui n’ont jamais fait la guerre.

5 – Quand nous ferons des Etats-Unis la dernière démocratie occidentale à offrir une couverture maladie universelle et que tous les Américains bénéficieront d’une aide en cas de maladie, nous vous promettons que vous pourrez vous aussi consulter un médecin, que vous puissiez le payer ou non. Et quand la recherche sur les cellules souches aura mis au point des traitements et des remèdes contre des maladies qui vous touchent, nous ferons en sorte que vos proches et vous ayez aussi accès à ces progrès.

6 – Quand nous aurons dépollué notre air et notre eau, vous aussi pourrez respirer cet air plus propre et cette eau plus pure. Quand nous aurons enrayé le réchauffement climatique, vous n’aurez même plus besoin de chercher votre future maison au bord de la mer à Yuma, au beau milieu de l’Arizona.

7 – Si jamais un meurtrier tue 3 000 personnes sur notre sol, nous consacrerons tous nos moyens à sa traque et à sa traduction en justice. Immédiatement. Nous vous protégerons.

8 - Nous n’irons jamais regarder ce que vous faites sous la couette ou ce qui se passe dans votre ventre. Ce que vous faites en tant qu’adultes consentants est votre affaire. Nous continuerons à calculer votre âge à partir de votre date de naissance, pas à partir de la date de votre conception [allusion aux militants antiavortement].

9 – Nous ne vous reprendrons pas vos fusils de chasse. Mais si vous avez besoin d’un fusil d’assaut ou d’un pistolet pour tuer un oiseau ou un cerf, c’est que vous n’êtes pas très bon comme chasseur et que vous devriez peut-être vous trouver un autre sport. Parallèlement, par souci d’équité, nous armerons le cerf.

10 – Quand nous augmenterons le salaire minimum, cela concernera aussi vos employés. Ils utiliseront cet argent pour acheter davantage, ce qui signifie que vous serez remboursés ! Et quand les femmes seront enfin payées comme les hommes, nous ferons en sorte que les femmes de droite en bénéficient également.

11 – Nous respecterons vos croyances religieuses, même lorsque vous ne les mettez pas en pratique. Nous allons même tout faire pour promouvoir les aspects les plus audacieux de vos croyances religieuses –
“Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu”, “Aimez vos ennemis”, “Il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer au royaume de Dieu” et “Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait”. Nous ferons savoir aux peuples des autres pays que Dieu ne bénit pas seulement les Etats-Unis, qu’il bénit tout le monde. Nous découragerons l’intolérance et le fanatisme religieux – en commençant par balayer devant notre porte.

12 – Nous ne tolérerons pas les politiques qui sont corrompus et enfreignent la loi. Et nous vous promettons de mener notre chasse aux politiciens corrompus en commençant par notre propre parti. Si nous manquons à cet engagement, nous comptons sur vous pour nous rappeler à l’ordre. Le simple fait d’être au pouvoir ne nous donne pas le droit de fermer les yeux si notre parti se dévoie. Merci d’accomplir ce grand devoir qui incombe à une opposition loyale.
Si je prends tous ces engagements envers vous, c’est que ce pays est aussi le vôtre. Vous êtes aussi américains que nous. Et nous sommes tous dans la même galère. Merci pour ces années passées au service du pays et merci de nous donner l’occasion de voir si nous pouvons améliorer ne serait-ce qu’un peu le sort de nos 300 millions de compatriotes – et du reste du monde.
Et maintenant reprenez-vous, et allons boire un Frapuccino.

21 novembre 2006

Assassiné par Poutine

Empoisonné au thalium, Alexander Litvinienko se meurt dans un hôpital anglais. Cet affichage soudain dans les médias ne doit pas faire oublier les autres crimes impunis de l'ex-cadre du KGB, notamment en Tchétchénie.

Les peuples de la fédération de Russie continuent de souffrir, dans l'indifférence générale de nos gouvernants, qui n'ont pas vraiment changé depuis que chaque visite de Brejnev se traduisait par une déportation provisoire des dissidents en Corse (authentique !).

7 octobre 2006

Turkménistan

Derrière les barbelés, un peuple tremble, victime d'un dictateur fou, Saparmurad Niazov. Celui qui se fait appeler Turkmenbashi, père des Turkmènes, tente aujourd'hui de se faire passer pour un prophète. Au pouvoir depuis la chute de l'empire soviétique en 1991, il réduit les Turkmènes au silence, à la misère et à l'ignorance tandis qu'il s'enrichit grâce au gaz et au pétrole dont regorge le sous-sol turkmène. Il est urgent de parler de ce qui se passe au pays
dont personne ou presque ne parle.

Pour l'actualité, je vous conseille le blog help Turkmenistan, qui parle notamment de la mort sous la torture de la journaliste Ogulsapar Muradova. Cela s'est passé au mois de juin dernier. En aviez-vous entendu parler ?

Et dans la série, entre démocrates on s'entraide, qui a les plus gros chantiers de BTP dans ce pays ? Tiens, cela ne me surprend plus que TF1 ne parle pas de ce pays...

Trouvé sur un autre site :

[...] ces délires mégalomaniaques ne seraient qu’amusants s’ils ne s’accaparaient pas 70 % du PIB d’un pays qui selon les ONG cumule un certain nombre de records : taux de mortalité infantile extrêmement élevé, espérance de vie comparable à celle de l’Afghanistan voisin qui sort de 25 années de guerre, sous-éducation de la population et violation permanente des droits de l’homme.

Dément mais lucratif

(JPEG) Et surtout si ces mêmes délires n’impliquaient pas l’étroite collaboration du groupe Bouygues présent depuis douze ans au Turkmenistan. Dans Le pays où Bouygues est Roi, David Garcia montre l’incroyable aventure que mènent les cow-boys du BTP dans ce pays improbable, loin des lumières médiatiques : construction tous azimuts de mosquées, de palais présidentiel, Parlement, banque centrale, répondant aux exigences toujours plus démentes mais lucratives du Turkmenbachir.
Différentes sources à l’intérieur du groupe ont fait à Garcia des descriptions ubuesques de leur travail sur place, des changements de cap lunatiques de Niazov qu’on flatte en permanence : jusqu’à l’inviter au siège du groupe, organiser une visite officielle en France et même faire semblant de réaliser des documentaires sur le Turkmenistan pour TF1. TF1 qui aura le privilège de rénover aussi la désuète télé turkmène qui chante la gloire de Niazov du lever du soleil à la tombée de la nuit.

Grands travaux et omerta

Le pays Bouygues est roi c’est l’invraisemblable épopée des cow-boys du bâtiment qui ont l’occasion unique de bâtir des villes entières dans le désert, une sorte de conquête de l’ouest sans garde-fou qui assure plus d’un tiers des revenus de la filiale internationale du batisseur, un milliard d’euros en une dizaine d’années.
C’est aussi la rencontre forcément fructueuse entre deux entités qui ont le même goût des grands travaux et de l’omerta médiatique (la plupart des cadres de Bouygues ont refusé de répondre à Garcia ceux qui l’ont fait ont pris moult précautions).
C’est presque un rêve : Bouygues assure quasiment la seule présence française dans l’économie de l’Asie centrale dans un pays qui ne représente aucun risque politique, son président étant isolé et peu vindicatif à l’international. Du coup, Saparmourad Niazov rencontrera Mitterrand en 1993 et aura le droit à une visite officielle à l’Elysée en 1996. Personne ne songera alors à casser l’ambiance avec les histoires de droits de l’homme. Et surtout pas TF1.

Le pays où Bouygues est Roi
David Garcia
Editions Danger Public

22 septembre 2006

Darfour

Le mot revient sur le devant de la scène régulièrement, mais aussi dans l'indifférence générale. C'est que, comme souvent, Cosa Nostra a intérêt à ménager le gouvernement de Khourtoum, seul responsable de la situation.

Un article complet dans "le Grand Soir" permet de se faire une idée sur la question. Citation révélatrice :

L'Etat français n'a pas besoin d'attendre cette reprise en main. Le maintien d'une attitude compréhensive à l'égard du régime de Béchir lui a permis de tirer le profit qu'il pouvait escompter. Dès 1994, grâce à la coopération policière franco-soudanaise, il a ainsi obtenu la livraison de Carlos. Il a aussi profité de la restructuration économique entreprise par le gouvernement, suite au retrait des institutions de Bretton Woods. Cela va de la réalisation d'un complexe industriel - avec des capitaux publics et privés - pour la production de matériel militaire, si bien dénommé Jihad, à l'acquisition par Total d'un site d'exploitation pétrolière, de l'obtention d'un marché hydro-électrique par Alstom au permis de prospection minière décerné au Bureau de Géologie et de Recherche Minière, de la vente des Airbus à l'obtention des marchés du bâtiment et du génie civil par les Grands Travaux de Marseille.

Aussi, au début de l'année 2004, en pleine période de violences au Darfour, une quarantaine d'entreprises françaises, en compagnie du ministre français du commerce extérieur, ont-elles participé à la Foire Internationale de Khartoum. Peu après, Dominique de Villepin y louait lyriquement le sens humanitaire de Béchir. Le MEDEF en attend sans doute des retombées... En effet, le Soudan est malgré tout une économie prospère, selon les critères des institutions économiques internationales : croissance de la production agricole, croissance du PNB et des investissements directs nationaux et étrangers... Avec l'argent du pétrole, des chantiers publics vont s'ouvrir, des équipements vont être renouvelés... A moins que Khartoum ne reproche à la France, en dépit de l'abstention chinoise, d'avoir voté la résolution 1564...

Quand je parlais de Cosa Nostra, il s'agissait de cette organisation au nom changeant et au périmètre flou, autrefois appelée UDR, UNR, RPR... vous voyez ?
Faut-il déjà l'appeler Sarcosa Nostra ?