Affichage des articles dont le libellé est La société. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est La société. Afficher tous les articles

28 août 2013

50 ans après, et tant de chemin restant à parcourir

I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.
I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal."
I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.
I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.
I have a dream today.
I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right there in Alabama, little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
I have a dream today.
I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.
This is our hope. This is the faith that I go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.
  1. This will be the day when all of God's children will be able to sing with a new meaning, "My country, 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring."
And if America is to be a great nation this must become true. So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania!
Let freedom ring from the snowcapped Rockies of Colorado!
Let freedom ring from the curvaceous slopes of California!
But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia!
Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee!
Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring.
And when this happens, when we allow freedom to ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual, "Free at last! free at last! thank God Almighty, we are free at last!"

22 juillet 2013

La honte

Quand le maire d'une grande ville, prétendûment démocrate (c'est ce que signifie le "D" dans "UDI", son "parti politique" où il côtoie M. Borloo et M. Morin, entre autres) tient des propos aussi haineux sur les Roms, j'ai honte.

Devant le silence assourdissant des admirateurs du régime fasciste de Netanyahu, pourtant si prompts à se poser en descendants d'autres victimes du nazisme, j'ai honte.

Samudaripen, ou Porajmos. On sait, on savait, n'oublions jamais, et faisons en sorte que plus jamais cela.


Monsieur Bourdouleix, disparaissez.

14 juillet 2013

Usurpations (Le dépassement de soi, par Del Debbio)

En marge de l'accident tragique de Brétigny-sur-Orge, un texte passionnant de Del Debbio sur les pratiques liées à la généralisation des pico-ordinateurs portables (appelés vulgairement smartphones).
Prenez deux jeunes lambda qui sont plus ou moins régulièrement présents sur Twitter.
À ma gauche, Roby, pseudonyme de Robin, presque 12000 tweets à son actif et quelque 391 abonnés (on dit « followers »).
À ma droite, Aicha Kurdish, également un pseudonyme, je suppose, avec près de 2400 tweets et 250 abonnés.
Habituellement, Roby et Aicha postent sur leur compte Twitter de très intéressantes photos de nourriture, de voitures et d’objets divers.
Ce vendredi 12 juillet 2013, ils vont entrer dans l’Histoire.
Le train Paris-Limoges déraille en gare de Brétigny-sur-Orge à 17H14.
La suite ici.

Il est à souhaiter que ce texte soit présenté à tous les étudiants en journalisme, et même à tous les collégiens dans un cours sur la fiabilité des sources et le recoupement de l'information, bref sur le temps nécessaire pour rédiger et présenter une information authentique et non manipulée. Du boulot...

10 juillet 2013

Perturbateurs endocriniens : le gouvernement va-t-il céder à la pression des lobbys ?

Un article de Nolwenn Weiler sur Basta! nous rappelle le danger de ces éléments chimiques et l'influence des lobbys...

Le gouvernement français osera-t-il interdire les perturbateurs endocriniens (PE), ces polluants qui – même à des doses infimes – peuvent perturber le système hormonal et provoquer certains cancers, des dysfonctionnements du système nerveux ou encore engendrer des problèmes de reproduction ? Rien n'est moins sûr. Le texte de la « stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens » (SNPE) est pour le moment bloqué au ministère de l'Écologie. Rédigé par un groupe de travail comprenant des représentant des ministères, des élus nationaux et européens, des représentants de l'industrie, des chercheurs et des ONG, ce document est censé déterminer des actions de recherche, d'expertise, d'information du public, et de réflexion sur le cadre réglementaire. C'est sur ce dernier point que les tensions se cristallisent.
Concernant les produits phytosanitaires et biocides, le texte propose de pouvoir « réviser les critères d'exclusion » de certaines substances après une étude d'impact. Cette étude pourrait considérer comme pertinent le « seuil » de dangerosité, cette quantité de produit en deçà de laquelle il est considéré comme inoffensif. L'exclusion des pesticides reconnus PE ne serait plus actée a priori, mais après une évaluation du risque.
Cette proposition tranche avec l'avis des parlementaires européens qui ont souligné, en mars dernier, que, en l'état actuel des connaissances, on ne pouvait établir de valeur limite pour les perturbateurs endocriniens : les PE peuvent avoir des effets indésirables qu'elle que soit la quantité, estiment-ils. Le règlement européen qui encadre la mise sur le marché des produits phytosanitaires se base lui aussi sur la dangerosité intrinsèque des pesticides reconnus PE.

Dérogations autorisées
Le projet de texte propose par ailleurs que si des producteurs se déclarent en « impasse technique », c'est-à-dire incapables de se passer du produit (même PE), ils pourront l'utiliser ! On resterait ainsi dans une tradition bien française de dérogations, comme sur l'épandage aérien, contraire à tous les grands principes de précaution édictés au niveau national et européen. « Nous dénonçons aujourd'hui l'entêtement des ministères à vouloir à tout prix laisser dans le texte de la future SNPE cette disposition soutenue par le seul MEDEF et qui vise seulement à céder aux pressions de groupes de pression agricoles et agrochimiques », déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Le message est transmis au ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, qui ne manquera sans doute pas de plaider la défense du principe de précaution auprès des professionnels du secteur, puisqu'il veut faire de la France le leader européen de l'agro-écologie...
Le petit schéma en début de message vient d'un autre site. Il montre tout le danger de ces perturbateurs.

17 mai 2013

Au Bangladesh, une ouvrière du textile meurt tous les deux jours

Un article de Nolwenn Weiler, sur Basta!. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas, la mondialisation libérale, c'est la Shoah à l'échelle planétaire.

Extrait.

Plus de 1 700 morts en huit ans. Tel est le lourd tribut payé par les ouvrières du textile au Bangladesh pour fournir à bas coûts des tee-shirts ou des chemises aux grandes marques occidentales. Avec un millier de morts, la catastrophe du Rana Plaza a enfin attiré l’attention de l’opinion. Et obligé les grandes enseignes à réagir en signant un accord qui devrait faire date. De leur côté, les grandes marques françaises, comme Carrefour ou Auchan, qui continuent de s’abriter derrière leurs codes de bonne conduite, peinent à s’engager véritablement.

Des vêtements destinés à une marque du groupe Carrefour auraient, selon des témoignages d’ONG sur place, été fabriqués dans les ateliers du Rana Plaza, l’immeuble qui s’est effondré le 24 avril dernier au Bangladesh, ensevelissant 1 127 personnes, non loin de Dacca, la capitale du pays. « Nos partenaires ont retrouvé des étiquettes des marques Carrefour (Tex), Auchan (In Extenso) et Camaïeu dans les décombres de l’immeuble Rana Plaza. Nos investigations se poursuivent pour déterminer si ces marques se fournissaient bien auprès de ces usines », précise Dorothée Kellou, de Peuples solidaires et du Collectif Éthique sur l’étiquette. Mais le géant français de la grande distribution nie avoir recours aux usines qu’hébergeait l’immeuble qui s’est écroulé. Se contentant d’un bref communiqué qui explique que la marque (Tex, la marque textile de Carrefour) « n’avait pas de relations commerciales avec les fournisseurs du Rana Plaza ». Carrefour a cependant indiqué au dernier moment, dans la soirée du 14 mai, que le groupe rejoignait finalement les signataires de « l’accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments au Bangladesh », que plusieurs poids lourds de l’habillement, tels Zara, H&M et C&A, ont signé le 13 mai.

La suite ici.

1 mai 2013

Homo toxicus

Un article du Monde nous rappelle la gravité de la situation.

Le taux de pesticides dans le corps humain est plus élevé chez les Français

Par

Les Français présentent un niveau d'imprégnation par les pesticides parmi les plus élevés, par rapport à ceux relevés dans des pays comparables. C'est ce qui ressort des résultats de la première étude du genre, publiée lundi 29 avril, et réalisée par l'Institut de veille sanitaire (InVS).

Cette enquête constitue le volet environnemental de l'étude nationale nutrition santé. Menée en 2006 et 2007, elle a porté sur un échantillon d'environ 3 100 personnes âgées de 18 à 74 ans, représentatif de la population résidant en France métropolitaine. Elle comporte deux volets. Le premier porte sur l'exposition aux pyralènes (PCB-BL ou polychlorobiphényles non dioxine-like), substances utilisées comme lubrifiants ou isolants, et aux pesticides. Le second concerne les métaux lourds.
Parmi les pesticides, les investigateurs distinguent l'exposition liée à des produits pour la plupart désormais interdits appartenant à la famille de organochlorés, et l'exposition aux organophosphorés (toujours utilisés) et aux pyréthrinoïdes.
Si "les mesures d'interdiction et de restriction d'usage semblent avoir montré leur efficacité pour les pesticides organochlorés", souligne l'InVS, ces produits ont un caractère persistant. Les niveaux retrouvés dans les urines en France sont intermédiaires entre ceux des Etats-Unis ou de l'Allemagne et ceux des autres pays européens. Mais, pour l'un des organochlorés, le 2,5-DCP (paradichlorobenzène, utilisé comme antimite ou désinfectant) le niveau moyen est dix fois plus élevé qu'en Allemagne. Une "particularité française", qui mérite d'être explorée, selon l'InVS.
CONTRASTE AVEC LES NIVEAUX D'IMPRÉGNATION
Développés comme alternative aux pesticides organochlorés (tels le DDT), les organophosphorés ont été retrouvés à un niveau supérieur à celui constaté dans la population américaine, et similaire à celui présenté par les Allemands.
Dans le cas des pesticides les plus récents, ceux de la famille des pyréthrinoïdes, le contraste avec les niveaux d'imprégnation de la population américaine est encore plus marqué. Les taux français apparaissent trois fois plus élevés que ceux constatés outre-Atlantique et demeurent supérieurs à ceux relevés en Allemagne. Les produits de dégradation des pesticides pyréthrinoïdes "ont été retrouvés dans plus de 80 % des échantillons", à l'exception de deux des produits de cette famille.
Quant aux pyralènes, les niveaux de concentration sanguins sont "un peu supérieurs à ceux rapportés dans la population allemande il y a dix ans" (et qui ont vraisemblablement diminué depuis, précise l'InVS). Surtout, ils sont quatre à cinq fois supérieurs à ceux de la population américaine ou néo-zélandaise.
RETARDS CHRONIQUES
Pour ce qui est des métaux lourds, l'étude dresse un inventaire plutôt rassurant. Les taux sanguins de plomb ont baissé d'environ 60 % par rapport à ceux observés en 1995. Cette diminution résulte des efforts qui ont porté sur l'élimination du plomb dans les peintures et l'essence.
Les concentrations urinaires de cadmium – un toxique qui a tendance à s'accumuler – sont comparables à celles relevées précédemment en France, en Europe et aux Etats-Unis. Le seuil correspondant à une augmentation du risque d'atteinte rénale est dépassé dans 1,5 cas sur mille.
Les concentrations de mercure dans les cheveux, qui servent d'indicateur, restent à des niveaux "relativement faibles". Mais 19 % des adultes dépassent le seuil de 1 µg/g de cheveux adopté par les Etats-Unis. Quant à l'arsenic inorganique, la forme la plus toxique de ce métal, les taux retrouvés sont "relativement bas."
C'est donc un premier état des lieux que livre l'InVS, mais il reste que la "biosurveillance" en France présente des retards chroniques par rapport à celle de nos voisins.
Effarant.

14 mars 2013

La vraie fraude

La vraie fraude, ce n'est jamais celle qui est à la une du Point ou du Figaro, deux journaux détenus par des complices de recel d'abus de bien sociaux. Une belle affiche d'ATD pour un rappel salutaire.


28 février 2013

Dix choses à savoir dire tous les jours

1. Voilà ce que je pense.

2. J'avais tort.

3. C'était génial.

4. Mais de rien.

5. Je peux vous aider ?

6. Veuillez m'excuser.

7. Vous pouvez me montrer comment vous faites ?

8. Je vous aide à finir ça.

9. Je t'aime.

10. (Rien)

Je vous laisse réfléchir à l'application de ces dix choses dans votre quotidien.

Madame Cravache

Un joli texte des CAFards sur les intervenants hors contexte à Pôle Emploi. Extrait:

Oubliée de mon agence et abandonnée par mon conseiller Pôle emploi depuis 15 mois, je suis presque flattée lorsque je reçois une convocation pour une « réunion ». Une réu, c’est bonnard me dis-je : on est entre chômeurs, on se tient chaud, on n’a pas besoin de se peignermaquillerdouchersentirbonprendresamotivationsouslebras.
Bon d’abord à l’agence de la rue de la Beaune tu rentres pas comme dans un moulin, que nenni ! Nous sommes une vingtaine à l’heure dîte et nous faisons la queue DEHORS tandis qu’un agent DEDANS vérifie une à une chaque convocation et la tête à qui appartient la main qui tient fébrilement son petit papier.
Il apparaît rapidement manifeste que les agents d’accueil ne comprennent pas bien ce que fait ce petit troupeau d’usagers dans l’agence : qu’est-ce que c’est que ça tous ces chômeurs dans une agence Pôle emploi, ils se croient où ? Nous on est lisses, sages et auréolés en fluo de notre bonne foi : on a en main un petit papier qui dit que « réunion », le mot est stabiloté sur chaque convoc en rose en vert en jaune en bleu, c’est joli.  Un agent téméraire fait le lien entre le mot qui cligote en fluo sur nos papiers et un panonceau « réunion » sur une porte : tac-tac réunion / réunion, ha ben on a qu’à les mettre là !
Dans le hall c’est un soulagement général, ça faisait désordre cette hésitation collective, on est passé à deux doigts du questionnement métaphysique et ça chacun pressent que c’est le début du bordel voire de l’amorce du commencement de l’émeute. Bon. Moi l’insurrection là je suis pas chaude perso parce qu’il est franchement l’aube et j’ai bu un seul café.
Donc là, on va être rangés dans la salle, rengainez vos cagoules, c’est pas pour maintenant. Sauf que, consternation : les convoqués sont une vingtaine et la salle a une jauge de dix personnes. Re tac-tac, décidément dans sa tête à lui ça va vite, ça fait des rapprochements sémantiques, ça manie des chiffres, ça fait des soustractions : ils rentrent pas les gens, là. Il est sincèrement embêté et dévoué. Je vois presque en projection sur son crâne des phrases genre : ben quand même on peut pas traiter les gens comme ça, c’est des chômeurs oui mais c’est quand même encore des gens voire peut-être des citoyens, la déclaration des droits de l’homme c’était pas pour se torcher avec, moi tu vois je voulais être rock star et voilà je suis agent Pôlemploi, c’est pas facile il faut que je m’accroche à ce qu’il me reste d’humanité, quand-même ces gens ils ont droit à une chaise chacun dans la salle de réunion, ils ont beau être en troupeau ce matin on est pas des bêtes.
Polyvalent l’agent post-rock star : la tête ET les jambes : le voilà qui commence énergiquement à jouer à Tétris avec les tables et les chaises sous notre regard ovin (le troupeau a fini par faire les bêtes).
C’est alors que surgit des profondeurs impénétrables de l’agence une jeune femme déterminée, court vêtue et chaussée de cuissardes. Où est sa cravache ? A mon avis c’est un modèle télescopique pour mieux la ranger dans ses bottes.

La suite ici.

27 février 2013

Indigné

"Il faut comprendre que la violence tourne le dos à l'espoir. Il faut lui préférer l'espérance, l'espérance de la non-violence.C'est le chemin que nous devons apprendre à suivre. Aussi bien du côté des oppresseurs que des opprimés, il faut arriver à une négociation pour faire disparaître l'oppression ; c'est ce qui permettra de ne plus avoir de violence terroriste. C'est pourquoi il ne faut pas laisser s'accumuler trop de haine.

Le message d'un Mandela, d'un Martin Luther King trouve toute sa pertinence dans un monde qui a dépassé la confrontation des idéologies et le totalitarisme conquérant. C'est un message d'espoir dans la capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patience vigilante. Pour y parvenir, il faut se fonder sur les droits, dont la violation, quel qu'en soit l'auteur, doit provoquer notre indignation. Il n'y a pas à transiger sur ces droits. "

Indigné que Stéphane Hessel nous quitte, ce 27 février. Mais fort de ces mots qu'il nous a laissés.

11 février 2013

Le nazisme à la française

Parmi les remparts idéologiques du nazisme à la française, si à la mode ces derniers temps (entre Civitas, qui me donnerait presque honte d'être chrétien, si je n'avais pas cette fâcheuse tendance à pardonner à ceux qui m'ont offensé, les Vanneste, Luca, Copé...), il y a le prétendu "génocide" qui serait arrivé pendant la guerre civile qu'a été la Révolution française.

Un article salutaire de Pierre Serna essaie de démonter cette falsification, qui a trouvé une exposition de choix récemment à la télévision.

Les trafiquants de mémoire, ou la Vendée vendue...
En moins d’un an, la direction de la programmation de France 3, chaine publique, met à l’affiche, cette nuit, 4 février 2013, une émission au titre des plus nuancés, comme si le point d’interrogation devait lever un doute « Robespierre, bourreau de la Vendée ? ». Non spécialiste de la Vendée, et plutôt rétif, à tort, à la culture télévisuelle, j’avais décidé d’ignorer l’émission. Mais devant ce qu’il convient d’appeler un acharnement médiatique dont le but ou la conséquence est de créer une vulgate partagée et finalement acceptée à force d’être répétée et ânonnée, quelques réflexions s’imposent. Un génocide aurait eu lieu en Vendée et qui dit génocide dit forcément que le coupable de l’histoire ou celui que l’on peut comparer à Hitler n’est personne d’autre que Robespierre.

Le véritable génocide des uns est relativisé – 6 millions de personnes sont mises sur le même pied que 170 000 personnes- le génocide inventé des autres se trouve décontextualisé et rendu incompréhensible parce que bricolé et impossible historiquement à démontrer.

J’ai dû regarder l’émission deux fois pour mieux comprendre les ressorts émotionnels qui structurent le docu-fiction avec ses ficelles, comme le film des cadavres et squelettes, exhumés sur fond de film de musique d’horreur dès l’introduction, ou bien à d’autres moments, c’est une musique de série d’angoisse qui envahit l’espace sonore.

Passe encore sur les approximations historiques, les documents filmés non identifiés, les interprétations des personnes interrogées, par exemple la théorie selon laquelle l’étude des coups d’épée relèveraient d’une situation d’acharnement, là où quelques années d’études de combat à l’arme blanche amènent à des conclusions inverses pour qui connait la force d’un sabreur à cheval (1).

Passe les ignorances sur le contexte de guerre européenne, passe sur les interprétations fondamentales de la thèse sur la Vendée de Jean-Clément Martin, non utilisées, alors que l’ancien directeur de l’IHRF, auteur d’un travail magistral sur la Vendée et son invention est interrogé seulement sur des aspects factuels et en tout dernier lieu sur l’interprétation des faits, là où tous les autres historiens soutiennent de suite leur position, des positions différentes et le plus souvent hostiles, développant longuement leur interprétation… Passe sur l’ignorance de ce qu’est dans l’histoire longue des répressions, les formes de mises à sac que des troupes militaires peuvent perpétrer sur des populations civiles comme un fait connu, et hélas déjà bien intégrées par les populations de Provence, des Cévennes dans la mémoire douloureuse des armées catholiques du roi massacrant des sujets protestants de sa majesté, bien avant la Vendée. Passe sur le feint étonnement de voir des ennemis traités de brigands et donc pourchassés et exécutés lorsque pris les armes à la main… comme si les cours prévôtales d’Ancien Régime et de la guerre des farines en 1775 et 1776 n’avaient pas connu le terme de brigand. Passe sur l’incapacité à penser la spécificité des combats entre militaires de lignes et population civiles révoltées qui, sous toute latitude, conduit les premiers à une férocité disproportionnée parce qu’ils ne reconnaissent pas aux seconds le statut de combattant, élément expliquant l’ensauvagement des guerres civiles.

A ce propos, passe aussi le long entretien demandé au spécialiste des guerres révolutionnaires, Bernard Gainot dont tous les propos ont disparu (censuré ?) au montage. Il avait osé comparer et montrer des parallèles entre la violence extrême des soldats bleus, et la brutalité sans limite des soldats anglais au même moment contre les patriotes irlandais, finissant par inquiéter leurs officiers soucieux de voir se transformer en animaux féroces leurs soldats, selon les témoignages de l’époque. Surement les propos de Bernard Gainot, maître de conférence habilité à la direction de recherches, ne cadraient pas avec la volonté délibérée de démontrer l’unicité du crime franco-français, hors de tout contexte de guerre…

Passe l’ignorance de Stéphane Courtois faisant preuve de sa demi-science en soutenant que le concept de crime contre l’humanité avait été inventé en 1944. S’il connaissait un tant soit peu l’an III et la réaction thermidorienne il saurait que les contemporains eux mêmes et Cambon en particulier ont conscience de l’importance de la violence qui vient de se déchaîner (qui le nie ?) et emploie déjà l’expression dès l’automne 1794 (2).

La litanie peut être longue. On arrête ici le démontage de la manipulation d’histoire et de la transformation des faits au profit de deux thèses : il y eut génocide, mieux « dépopulation » (ce n’est pas nous qui le disons, affirment les concepteurs de l’émission, c’est Babeuf lui-même, donc on peut le dire après lui, belle démonstration d’une imposture méthodologique : une fois, l’on utilise les propos des révolutionnaires contre eux, une autre fois pour la cause de la démonstration !!).

Deux point cruciaux, car ils sont les structures invisibles de l’émission, retiennent l’attention tant ils encadrent l’émission et constituent les deux bornes idéologiques sur lesquelles se construisent les deux supercheries constitutives du message matraqué pour la quatrième fois le 4 février.


Les deux mensonges de l’émission

Le premier est répété par S. Courtois, qui n’a jamais travaillé sur la Révolution française, et qui comme tous les convertis à la cause adverse de ce qu’il a adoré dans sa jeunesse, a fait son fonds de commerce de la détestation de tout ce qui est resté un peu plus à gauche que lui dans le monde universitaire, sans partager ses outrances de jeunesse. Comportement des plus banals. S. Courtois assène donc qu’en France, il est impossible de critiquer la Révolution ! Il est le premier historien à intervenir dans l’émission, l’un des derniers à donner son avis final, alors qu’il n’a jamais travaillé sur la période. Son avis est net. En France « on ne touche pas à la Révolution ». Dont acte. Mais qu’à cela ne tienne dans cette émission, des journalistes courageux vont défaire le mythe pour faire la lumière sur le génocide, ou pas ... La seconde posture qui encadre le film est celle de R. Sécher qui soutient sans hésiter l’idée que l’on tue deux fois la Vendée par l’opération du mémoricide. Selon le polygraphe, on tue une seconde fois la Vendée en l’oubliant systématiquement, en refusant d’en parler, en l’omettant sciemment des histoires. Ces deux faits énoncés aux moments clés de l’émission constituent le principal piège du documentaire qu’il faut avoir à l’esprit.

Pour cela, il faut convoquer le livre de Pierre Vidal Naquet pour bien comprendre le fonds négationniste de cette présentation historique et sa recette que le grand historien de la mémoire assassinée et spécialiste des négateurs des chambres à gaz a construit. P. Vidal Naquet explique la ruse du fonctionnement des négationnistes : il s’agit de construire une fausseté que personne n’a jamais soutenue, pour, en la déconstruisant, remettre en doute une autre vérité qui, elle, a été établie (3). Que font d’autres S. Courtois et R. Sécher que d’utiliser ce procédé pour mettre en doute la valeur de la Révolution et instiller l’idée d’une volonté politique et planifiée de destruction d’une population ?

Première contre vérité patente donc : en France on ne critique pas la Révolution , on n’y touche pas…Mais dans quel monde vit S. Courtois ? Depuis le 15 juillet 1789, on n’a cessé de critiquer, vilipender, détester, démonter et blâmer la Révolution. Depuis le 15 juillet 1789, dans ce pays, il y a au moins 10 % de la population qui n’a jamais accepté la Révolution, ses principes, ses valeurs et qui l’ont exprimé… parce que le nouveau régime leur en a donné le droit. Ils n’ont cessé de s’exprimer, au mieux dans la meilleure tradition libérale des études historiographiques, depuis Madame de Stael jusqu’à François Furet. La révolution a été l’objet de critiques parfois fondées, acceptables , mais permanentes, continues, à livres édités à des dizaines de milliers d’exemplaires. A qui fera–t-on croire qu’en France « on ne touche pas la Révolution » ? C’est là une contre vérité qui permet d’inventer un doute là où toute la verve anti et contre révolutionnaire s’est toujours tranquillement exprimée. Et que l’on ne prenne pas comme exemple la chaire d’histoire de la Révolution française que j’ai l’honneur de diriger, comme exemple d’une volonté d’imposer un seul discours. Elle a été explicitement fondée pour contrer Taine et Sorrel qui ne cessaient de massacrer l’héritage de la Révolution en présentant une lecture univoque aux jeunes élites de la France en 1880-1890 ! Comme dans le procédé négationniste, disséqué par Vidal-Naquet, cette fausseté permet d’instiller l’idée que la République cache quelque chose, une histoire monstrueuse , le crime de la Vendée et son oubli.

Car c’est là le second mensonge patenté soutenu par M. Sécher, l’idée du mémoricide qui repose sur le même principe : on veut oublier donc on veut cacher le génocide. La fable du mémoricide est donc construite. On aurait voulu occulter la Vendée. Mais combien de centaines et de centaines, voire de milliers d’ouvrages ont été écrits sur tous les épisodes sanglants de la Vendée depuis 1793 ? En affirmant cette contre vérité patente, l’auteur du pamphlet invente une fable avec tous les atours de la vérité pour instiller un autre mensonge, celui du génocide caché par la République et ses universitaires. Mais où est passée dans cette émission le travail de Jean-Clément Martin, certes interrogé mais point sur le fonds de son travail. Cet historien est le fondateur d’une autre vérité, sur l’absence d’un pouvoir au printemps 1793, capable de contrôler les troupes militaires, fin observateur de la manipulation à Paris, par les différentes factions de la violence désordonnée en Vendée pour s’imposer dans la capitale, en inventant "la Vendée" (4) ? Ce n’est pas là un oubli des contemporains ni des historiens mais au contraire une sur-présence de cette violence, de son récit, de son traumatisme et de ses séquelles dans la mémoire de l’Ouest de la France et de la république allant jusqu’à imaginer et nommer un espace qui n’existait même pas en tant que tel avant la Vendée !! de tout cela rien. Ou plutôt si avec l’aplomb des négationnistes connus dans d’autres champs : la fausseté affirmée avec une certitude sans faille. Ne tombons pas dans le piège de la surenchère. Ici, ce ne sont même pas des assassins de la mémoire, tout au plus des trafiqueurs de l’histoire. C’est leur droit, ils ne poursuivent qu’une longue généalogie de fossoyeurs des faits historiques, les fossoyeurs d’une histoire complexe, nuancée, douloureuse mais faisant sens, de la république. Les trafiquants du doute bricolent la montée de l’audimat… France 3 se prête à ce jeu, et nombre de leurs lecteurs n’ont jamais constitué une minorité brimée… Heureusement quelques historiens ont encore un peu de mémoire, la cultivent, non pour raconter la fable rose ou le livre d’horreurs du passé, mais pour comprendre et expliquer la violence outrancière des guerres civiles dans leur contexte.


Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.


(1) P Brioist, H Drévillon , P Serna, Croiser le fer, culture et violence de l’épée dans la France moderne XVI-XVIIIe siècle, Seyssel Champ vallon, 2002 réed. 2008
(2) « Cambon à la séance du 3 frimaire an III affirme que « Carrier a participé à des actes atroces exercés à Nantes, contre l’humanité », Moniteur XXII, p 595
(3) Pierre Vidal Naquet, Les Assassins de la mémoire, « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme), 1981, Paris Maspéro.
(4) Depuis 1985, et la parution au Seuil de La Vendée et la France, Jean-Clément Martin, auprès d’un lectorat nombreux n’a jamais cessé de travailler sur la guerre de Vendée et sa mémoire, renouvelant sans cesse ses travaux, ses analyses, offrant régulièrement au public l’avancée des travaux les plus récents et fort nombreux sur la guerre civile dans l’Ouest de la France


8 février 2013

Incompréhension

Agnès Maillard nous apprend à rester zen. Un texte à lire sur le Monolecte. Le début juste ici, pour le plaisir...
Il est difficile de décrire l'atmosphère d'une époque, d'exprimer clairement ce qui n'est que de l'ordre du ressenti et de la sidération, aussi. De ma totale incompréhension.
Je suis le dinosaure. Je vais m'éteindre. Et refermer la porte en sortant.

6 février 2013

Football et corruption

Il faudrait être naïf pouir croire qu'un milieu où il y a tellement d'argent en jeu soit épargné par la délinquance: corruption, dopage...

Dans Acrimed, David Garcia nous rappelle combien les médias ont "couvert" le président actuel de l'UEFA (comme d'ailleurs ils avaient protégé un vainqueur déchu du Tour de France).

Dans une enquête parue le 29 janvier, France Football met en cause le rôle joué par Michel Platini dans l’attribution au Qatar de la Coupe du monde de football 2022. Dénonçant un véritable « Qatargate » et des faits de corruption très graves à l’encontre de membres de la FIFA, l’hebdomadaire avance que Michel Platini se serait pour sa part « contenté » de participer à un dîner au sommet à l’Élysée où aurait été décidé qu’il accorderait son vote au Qatar en contrepartie d’investissements massifs de l’émirat en France - comme, entre autres, le rachat du PSG, ou la création de la chaîne de sport Be In Sport qui a au passage investi 150 millions d’euros dans les droits de retransmission de la Ligue 1 de football... France Football souligne également que la presse anglo-saxonne s’interroge sur le recrutement en janvier 2012 du fils Platini par Qatar Sports Investments, la très puissante branche dédiée au sport du fonds souverain qatari...

Ces révélations, largement reprises dans les médias, signent-elles la fin de l’omerta qui a longtemps protégé l’actuel président de l’UEFA ? L’article que nous publions ci-dessous, déjà paru dans le n° 4 de Médiacritique(s), notre magazine trimestriel [1], permet d’en douter… En effet, parmi toutes les formes de connivence, celle dont bénéficient les acteurs du spectacle sportif est injustement négligée. Et dans ce domaine, le cas de Michel Platini constitue un exemple édifiant… (Acrimed)
Journalistes ou protecteurs  ? L’exemple de Michel Platini
19 juin 2012 à 20 heures 40. Les joueurs et le public de France-Suède, match de qualification pour les quarts de finale de l’Euro de football, observent une minute de silence en mémoire de Thierry Roland, décédé trois jours plus tôt. Une marque de reconnaissance inhabituelle s’agissant d’un journaliste de sport inconnu hors de France. Et que Michel Platini, président de l’instance organisatrice de l’Euro justifie ainsi  : « Thierry a fait énormément pour le foot, beaucoup plus que des entraîneurs ou des joueurs qui ont pu être célébrés dans le passé. Il était donc normal que l’UEFA fasse un effort. » [2]
En réalité, comme il le reconnaît dans la même interview, le patron du foot européen célébrait avant tout un ami fidèle et un journaliste accommodant  : « On passait souvent nos vacances ensemble, chez moi, avec nos familles. C’est un autre Thierry Roland que j’ai connu. C’était tout simplement un ami. » Manière de distinguer un profil bien particulier de journaliste. Jamais contrariant avec les puissants, toujours du côté du manche, et prompt à défendre la réputation de leur idole.
Au service du joueur
Dès les débuts de sa brillante carrière de joueur, dans les années 70, « Platoche » fascine certaines figures du journalisme sportif. Lesquelles le placent sur un piédestal et se gardent de la moindre critique. Outre Thierry Roland, le capitaine de l’équipe de France attire dans ses filets deux grands noms de la radio, encore en activité  : Jacques Vendroux (France Inter), manager général du Variété Club de France [3], et Eugène Saccomano (Europe 1).
Ce dernier inventera même l’expression « relation amicalo-professionnelle » pour caractériser ses rapports avec Michel Platini. C’est d’ailleurs Eugène Saccomano qui présente le footballeur vedette à son patron, dans des circonstances qui trahissent l’intimité et la complicité entre les deux hommes, ainsi que le rapporte le biographe de Platoche, Jean-Philippe Leclaire  : « Jean-Luc Lagardère et Michel Platini ont fait connaissance, par le plus grand des hasards, Chez Edgar, un restaurant chic près des Champs-Élysées. À la table voisine de la sienne, le vice-président d’Europe 1 avait eu la surprise de trouver le grand espoir nancéen en train de dîner avec l’un de ses journalistes, Eugène Saccomano. » [4]
Au point que l’ami « Sacco » jouera de bonne grâce le rôle d’intermédiaire quand Jean-Luc Lagardère, propriétaire du FC Nantes, décide de recruter Platini au printemps 1979. « Eugène, il va falloir nous aider. Vous êtes ami avec Platini, essayez de le convaincre de venir jouer à Nantes. » « Eugène » échouera à convaincre Michel, dont il restera néanmoins très proche jusqu’à aujourd’hui.
Condition sine qua non d’une amitié durable entre Platini et un professionnel des médias  : ne pas franchir les limites de la bienséance journalistique. « J’essaie d’être positif. Avec moi, il n’y aura jamais rien sur le dopage, sur la violence, les magouilles financières, etc. À travers moi, je veux offrir du sport une belle image », expliquera l’ancien joueur lors de la sortie de son autobiographie [5]. Eugène, Thierry et les autres ont toujours su donner une « belle image » du football, expurgée notamment des scandales du sport business et respectant l’omerta sur le dopage.
Pour avoir enfreint cette règle, Jacques Thibert, directeur de la rédaction de France Football de 1985 à 1995, a subi, ainsi qu’il le rapporte lui-même, les foudres platiniennes  : «  Il avait investi de l’argent dans un centre de vacances à Montpellier, témoigne de nouveau Jacques Thibert. Platini a fait savoir à ma direction qu’il n’appréciait guère que je m’interroge sur le bien-fondé d’une telle activité pour un Ballon d’or » [6]. Jacques Thibert n’a jamais fait allégeance à sa majesté Platini. L’exact contraire de son successeur, Gérard Ernault.
Au service du patron du foot européen
Lorsque Michel Platini se lance dans la course à la présidence de l’UEFA, il demande tout naturellement à son ami de trente ans Gérard de lui rédiger une lettre de candidature  : « Simple retour d’ascenseur. Ernault n’a pas oublié le dévouement de l’ex-Turinois, qui l’a recruté au Comité français d’organisation de la Coupe du monde 1998, en attendant que la place de directeur de la rédaction de France Foot se libère. Platini s’inspire de la bafouille d’Ernault, et en adresse une version manuscrite au président de la Fédération française, Jean-Pierre Escalettes, conformément au règlement. » Michel Platini sera élu président de la plus puissante confédération continentale de football, le 26 janvier 2007.
Le 21 décembre 2007, France Foot désigne Platini comme le « dirigeant de l’année ». France Football et L’Équipe ont soutenu comme un seul homme la candidature Platini. Par réflexe cocardier  ? Pas seulement, expliquent les journalistes de l’hebdomadaire, propriété, comme le quotidien L’Équipe, du groupe Amaury. « C’est vrai qu’il [Platini] est très proche d’Ernault et que sa nationalité nous le rend sympathique, reconnaît Jean-Marie Lorant. Mais tel que le candidat se positionnait, il n’y avait pas de raison de ne pas le soutenir. Si on partage ses idées, on doit pouvoir le dire. » Ou encore  : « On ne le critique pas beaucoup, mais il était normal de faire campagne en sa faveur car il défend certaines valeurs du sport », approuve Laurent Wetzel.
Candidat des « petits » pays et des nations de l’est européen, ferraillant contre l’argent roi et la toute-puissance des grands clubs, Michel Platini tient un discours susceptible de plaire aux médias, friands de ces personnages de Zorro qui promettent de taper dans la fourmilière, sans toucher aux fondamentaux du système. Face à l’ancien « renard des surfaces », le sortant, Lennart Johansson, est paré de tous les défauts. Les médias français, L’Équipe et France Football en tête, caricaturent le vieux président de l’UEFA – soixante-dix-sept ans – en conservateur accroché à son poste. Sans être complètement biaisée, cette présentation a l’inconvénient de laisser de côté un détail qui a son importance.
Car en fait de conservatisme, le Suédois Lennart Johansson s’oppose frontalement au président de la FIFA, Joseph Blatter, éclaboussé par de multiples affaires de corruption [7]. Proche de Blatter, Michel Platini s’était engagé à ses côtés et avait influencé le résultat de l’élection à la présidence de la FIFA, en 1998. « Compte tenu de la puissance de la France en Afrique et de l’aura de Michel Platini, Blatter a récolté des voix décisives », précise l’ancien directeur de la rédaction de France Football Jacques Ferran [8]. Un fait d’armes omis par les médias français en 2007, lors de la campagne pour la présidence de l’UEFA.
Une fois élu, Michel Platini poursuit sa lune de miel « amicalo-professionnelle » avec les médias, qu’ils soient sportifs ou généralistes. Sa réussite de dirigeant, vingt ans après avoir mis un terme à sa carrière de joueur, impressionne les journalistes.
Exemple, ce reportage édifiant de Frédéric Potet paru dans Le Monde 2, le 29 mars 2008. D’emblée, l’article présente le nouveau président comme un homme qui tient ses promesses  : « Pressé, le sixième président de l’Union européenne de football (UEFA) semble l’être au vu de son bilan après un an de mandat. Élu en janvier 2007, Michel Platini a déjà réalisé pratiquement l’ensemble des réformes qui figuraient dans son programme électoral. L’ancien numéro 10 s’est démultiplié, remaniant la Ligue des champions, trouvant un accord sur la question cruciale de la mise à disposition des joueurs internationaux et rayant de la carte la bête noire de l’UEFA  : le G14 (association des grands clubs européens). Dans l’intervalle, Platini a également rabiboché les différentes “familles” du football (joueurs, clubs, fédérations, ligues) et dégelé les relations avec la Fédération internationale (FIFA), ce qui était la moindre des choses étant donné qu’il fut pendant neuf ans le conseiller de son président, Sepp Blatter. »
Le reporter du Monde 2 pousse très loin la flagornerie. Jusqu’à s’offusquer qu’on puisse soupçonner une once d’ambition personnelle dans le parcours de Platini. « On ne gère pas une des plus puissantes fédérations sportives au monde sans une soif de reconnaissance personnelle », concède-t-il avant d’exploser sans rire  : « Suspecter cela chez lui est impensable  : quelle que soit l’ampleur de ses réalisations avec l’UEFA, son image de dirigeant n’égalera jamais celle du joueur qu’il fut. » Mieux  : Michel Platini aurait en quelque sorte fait don de sa personne au football européen. Et Frédéric Potet de s’interroger gravement  : « Avait-il d’autres choix, partant de là, que de “passer à l’acte” en prenant d’assaut l’UEFA, cette institution habituée à tanguer au gré des intérêts  ? »
Dans les faits, Michel le rouge met rapidement de l’eau dans son vin et donne suffisamment de gages aux puissances de l’argent pour obtenir un plébiscite, en vue de sa réélection, en mars 2011. Contrairement à ce qu’il avait annoncé, le nouveau président de l’UEFA n’octroie pas aux vainqueurs des coupes nationales le droit de participer à la Ligue des champions. Un manquement de taille à ses engagements électoraux, systématiquement passé sous silence par les journaux et les médias audiovisuels. Platini « préserve ainsi de fait les intérêts des grands pays, dont le nombre de représentants aurait automatiquement diminué. Rassuré par l’esprit conciliant de M. Platini, le G14 accepte de bon gré de s’autodissoudre, en février 2008. Quasi unanime, la presse européenne salue le coup de bonneteau du président de l’UEFA, présenté comme le défenseur sourcilleux des faibles face aux puissants » [9].
Pas dupe, le quotidien des hommes d’affaires Les Échos vend la mèche et célèbre ironiquement le « vrai-faux ennemi du sport business »  : « Michel Platini a tout du schizophrène. D’un côté, il dénonce le trop-plein d’argent dans le football. De l’autre, il prend, début 2007, la présidence de l’UEFA, la confédération européenne de football qui organise les très lucratifs Ligue des champions et Euro  ! Le triple ballon d’or n’a rien perdu de son art légendaire du décalage et du contre-pied » [10].
Un adoubement de première classe qui a le mérite de la franchise et tranche avec le traitement éditorial de l’ensemble des médias français, davantage soucieux de sculpter une image héroïque de Michel Platini que de s’attacher à la réalité de son bilan.

Notes

[1] Pour commander ce numéro, ou mieux, s’abonner, c’est ici.
[2] L’Équipe, 22 juin 2012.
[3] Le Variété Club de France est une association qui rassemble des personnalités médiatiques et d’anciennes vedettes du ballon rond, dont Michel Platini et l’ancien président Thierry Roland.
[4] Jean-Philippe Leclaire, Platini, le roman d’un joueur, Flammarion, 1998.
[5] Michel Platini avec Patrick Mahé, Ma vie comme un match, Pocket, 1998.
[6] Pour cette citation et les suivantes  : David Garcia, La Face cachée de L’Équipe, Danger public, 2008.
[7] Lire sur notre site  : « Ballon d’or  : la FIFA récompensée par France Football et L’Équipe ».
[8] La Face cachée…, op. cit.
[9] David Garcia, « Des clubs de football égaux, mais pas trop », Le Monde diplomatique, juin 2012.
[10] Les Échos, 13 juillet 2009.

5 février 2013

Lois jamais abrogées

Trouvé sur le net, une information importante sur l'efficacité de nos législateurs:
Les Parisiennes ont enfin droit au port du pantalon. L'ordonnance du 26 brumaire an IX obligeant « toute femme désirant s'habiller en homme » à demander l'autorisation à la préfecture de police de Paris est « dépourvue de tout effet juridique », a officiellement précisé le ministère des droits des femmes dans une réponse à une question écrite posée par un sénateur et publiée la semaine dernière.

4 février 2013

Question d'accent

La France n'aime pas ses accents. Une émission intéressante sur France Info: http://www.franceinfo.fr/societe/l-actu-des-regions/la-france-n-aime-pas-ses-accents-881471-2013-02-03

Extrait:

L'accent "toulousain" serait le plus charmant et l'accent "chti" le plus drôle, selon un sondage du site de rencontres Parship publié cette semaine. Mais la France aime-t-elle vraiment les accents régionaux ? Ce n'est pas sûr du tout.La plupart des médias qui ont repris ce sondage ont retenu avant tout une chose : l'accent toulousain serait "le plus charmant" et même "le plus sexy", dans la mesure où les intonations du Sud seraient dotées d'un capital sympathie précieux dans le jeu de la séduction. Mais cette enquête contient d'autres informations qui ont été peu relevées et qui, à mon sens, sont plus inquiétantes car elles montrent que les accents régionaux restent méprisés.

La preuve est apportée par la réponse à la question suivante : quel est l'accent le plus intelligent ? Réponse : ni celui des Alsaciens ni celui des Provençaux, mais le français standard, faussement dit "sans accent", loin, très loin devant celui des Bretons.

Contrairement à ce que l'on croit, cet accent n'est pas l'accent parisien. Historiquement, c'est l'accent des classes privilégiées qui, dans un pays centralisé comme la France, vivent surtout à Paris _ c'est très différent. Car ces classes sociales ont toujours veillé à se distinguer du peuple. C'était vrai hier vis-à-vis du parler des titis parisiens. C'est tout aussi vrai aujourd'hui avec les intonations des jeunes de banlieue.

C'est cet accent qui domine le cinéma et le théâtre -Phèdre n'est jamais jouée avec l'accent marseillais. C'est cet accent qui domine dans les médias audiovisuels pour les rubriques dites "sérieuses", comme la politique ou l'international. A de rares exceptions près, les journalistes à l'accent du Sud-Ouest sont cantonnés à la météo ou au rugby. C'est cet accent qui domine à l'université et dans les grandes entreprises. Dans les classes préparatoires aux grandes écoles ou avant l'agrégation, certains jeunes dotés d'un accent régional sont incités à prendre des cours de diction.

Ce rejet des accents traduit donc, en réalité, un mépris des "élites" vis-à-vis du peuple.  De tout temps, les notables provinciaux ont compris que, pour réussir, il leur fallait singer les manières et le langage des dominants. Ce mouvement a aujourd'hui gagné l'ensemble des classes moyennes. Bien des parents "corrigent" l'accent de leurs enfants, dans l'espoir de favoriser leur réussite sociale.

Et cela provoque des dégâts psychologiques, car les Français dotés d'un accent régional se demandent s'ils doivent y renoncer pour réussir socialement. Beaucoup s'y résolvent, d'ailleurs, avec plus ou moins bonne conscience, car cela les oblige à renoncer à une part de leur identité. Certains finissent même par se moquer de ceux qui ont gardé l'accent pour bien montrer que, eux, ont réussi à changer de milieu. L'académicien d'origine corse Angelo Rinaldi a ainsi écrit en substance que la langue corse ne servait qu'à parler aux chèvres !

Il est étonnant de constater qu'au XXIe siècle, alors que le racisme et le machisme sont combattus vigoureusement -et c'est tant mieux - on n'observe rien de tel pour les accents, alors même que certains individus sont pénalisés en raison d'a priori indéfendables. Et cela montre qu'au fond, la survivance des accents dérange profondément dans un pays comme la France, qui s'est construit en agrégeant, parfois par la force, des peuples issus de cultures et de langues différentes. Visiblement, notre tradition jacobine n'est pas morte.
À réécouter...

1 février 2013

Pieds nickelés

Sur le "blog du forgeron", une histoire digne des pieds nickelés ou plutôt décrivant nos pieds-nickelés modernes, basés à Levallois-Perret:
Le 23 février 2012 à 6h du matin, une trentaine de policiers de l’anti-terrorisme débarque dans la campagne rouennaise. Sous les ordres du célèbre juge Fragoli, la meute cagoulée est à la recherche d’un forgeron, ou bien de son père. Ils trouveront l’un et l’autre à Roncherolles-sur-le-viviers, chez eux, en train de dormir.

Ca frappe à la porte, ça hurle, ça envahit la maison. Il est grand temps de se lever. Pourquoi ici? Pourquoi Roncherolles et pas ailleurs? La réponse ne se fait pas attendre, le forgeron est un ami des mis en examens de Tarnac. La police fouille, les canards caquetent, on auditionne le père. A 86 ans il sait manier la forge. Il suffit parfois de pas grand chose pour avoir les honneurs de la police anti-terroriste. Dans le fond, ils se prennent au sérieux ces officiers et ces juges avec leur histoire de Tarnac; mais tout de même, qui va ranger derrière eux?
Ce ne sera pas le forgeron car lui, on va l’emmener au siège de la DCRI à Levallois-Perret. Il n’y a pas de petites économies dans la traque au terroriste.

Aux policiers, le forgeron ne dira rien, trop impatient de rencontrer le médiatique juge Frangoli et d’entendre les raisons d’une telle fanfare. On lui demande quand même ses empreintes et son ADN. Lui, demande ce qui lui vaut d'être menotté et enfermé dans une espèce de grosse boite blanche au troisième sous-sol de la DCRI. C’est donnant-donnant, il ne donnera rien. En anti-terrorisme, on a souvent le droit à 96H de garde-à-vue, c’est le temps que la loi octroie aux professionnels de l’interrogatoire pour briser du terroriste. Bizarrement, il resort à peine 35 heures après son arrive. Peut-être s’est-on trompé de loi?
Le forgeron repart, libre mais dépité: le juge Fragnoli n’aura même pas eu 5 minutes à lui accorder. Ah mais non, attention, avant de rentrer chez lui, il doit faire une nouvelle garde-à-vue, il a refusé de donner son ADN. Encore une heure donc, au coeur des services secrets français. Puis s’en va acheter un billet de train. Ca a d’ailleurs encore augmenté.

C’est cependant le coeur plus léger qu’il accomplit le trajet retour. Il sait désormais pourquoi son telephone a été mis sur écoute pendant 2928 heures et ce qui lui a valu d’être suivi et surveillé pendant des mois: il est forgeron. Oui, cela il le savait avant d’être menotté par la police anti-terroriste mais ce qu’il ne savait pas, c’est que c’était un élément suffisant pour justifier son enlèvement à 6H du matin.
Mais comme le comique s’accommode toujours bien du dérisoire, notre ami forgeron est convoqué au tribunal de Rouen le 6 février prochain. Ce n’est pas parce que les sbires de l’anti-terrorisme n’ont rien à lui reprocher qu’on ne peut pas lui faire un petit procés pour avoir refusé son ADN aux policiers forts mal élevés qui l’avaient réveillé, sequestré puis relâché sans la moindre charge.

Parce qu’on ne peut que se réjouir de chaque humiliation que l’anti-terrorisme s’inflige à lui-même, nous vous invitons à venir rire avec nous mercredi 6 février au TGI de Rouen.

20 janvier 2013

La dictature de la rigueur

Arnaud Bouillin et Laurence Neumann, dans Marianne, nous apprennent que le FMI vient d'avouer une erreur de calcul qui serait la cause des politiques d'austérité qu'il impose, en pensant que cela "soigne" l'économie d'un pays, alors que cela l'achève. Le plus grave, c'est que les partisans de l'austérité ne remettent rien en question.

L’incroyable erreur des experts du FMI

Le principal bailleur de fonds de la planète vient d’admettre sa faute : il a gravement sous-estimé les effets néfastes des cures d’austérité qu’il préconise. «Simple erreur de calcul», dit-il, mais dont les conséquences sont dévastatrices. Or, devinez quoi : les tenants de la rigueur continuent à faire comme si de rien n’était... 

L'aveu est incroyable, presque inimaginable. Quatre ans après le déclenchement de la Grande Crise qui secoue les économies occidentales avec une violence sans égale depuis 1929, l’un des plus grands économistes de la planète, en l’occurrence le directeur du département Recherche du Fonds Monétaire International, vient de publier un rapport dans lequel il avoue que le FMI - et avec lui, l’ensemble des dirigeants européens, ministres des finances, Banque centrale, Commission européenne… – ont gravement sous-estimé les effets néfastes des politiques d’austérité infligées aux Etats les plus endettés.

Oui, vous avez bien lu : Olivier Blanchard, l’une des sommités économiques les plus renommées au monde, admet noir sur blanc, dans un rapport de 43 pages rendu public le 3 janvier dernier, que le FMI s’est trompé sur toute la ligne. Et la faute provient d’une simple erreur de calcul, sur un coefficient bien connu dans la discipline : le multiplicateur.

Entre 1970 et 2007, les prévisionnistes du FMI avaient constaté que 1% de dépense publique en moins – ou d’impôt en plus – entraînait, en moyenne, 0,5% de croissance en moins dans les pays avancés. Soit un multiplicateur de 0,5, qu’ils ont doctement retenu dans les travaux préparatoires aux plans d’aide à la Grèce ou au Portugal. Mais ça, c’était avant la crise et son lot d’incertitudes qui perturbent le comportement des consommateurs.

Dans son « Panorama de l’économie mondiale » publié en octobre dernier, le FMI a d’abord reconnu, au détour d’une page repérée par les seuls spécialistes, que les multiplicateurs actuels pouvaient être compris « entre 0,9 et 1,7 ». C’est-à-dire entre deux et trois fois plus ! L’étude détaillée d’Olivier Blanchard, que Marianne vous propose de consulter ci-dessous (en anglais), confirme la bévue. Les conséquences sont abyssales : en obligeant les gouvernements d’Europe du Sud à réduire drastiquement les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités, le FMI a fait plonger la demande intérieure deux à trois fois plus vite que prévu.

La suite, hélas, est connue : faillites en série, explosion du chômage et manifestations monstres dans les rues d’Athènes ou de Lisbonne. Comme le dit le proverbe japonais, « si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou »…
Le papier du FMI est lisible sur Scribd.

16 janvier 2013

RMC, la radio qui sent mauvais

Autant commencer par un titre choc. Depuis deux semaines, je recommence à conduire en raison de l'immobilisation de mon amour. Je passe du temps à écouter la radio, je maudis le CSA de ne pas avoir imposé une diffusion nationale de RFI, une vraie radio qui parle de tout, et surtout permet de découvrir de nouveaux sons, et je "teste" tout.

La pire des radios, je crois, c'est RMC info. On se croirait à la buvette du Medef. Et ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul à le penser, les excellents journalistes d'Acrimed (Blaise Magnin et Denis Perais - ok, deux hommes, ce n'est pas toujours un défaut...) se sont lâchés sur le sujet, avec un vrai article que je reproduis ci-après.

RMC : Où sont les femmes ?

Dans le premier opus d’une série en cours consacrée à RMC, nous avions récemment mis en évidence le tropisme patronal de l’émission « Bourdin & Co ». Nous souhaitions revenir ici sur une autre facette de la station appartenant à Alain Weill : la place réservée aux femmes aussi bien comme auditrices intervenant à l’antenne dans la tranche 9/10 de l’émission « Bourdin & Co » qu’en tant qu’animatrices des émissions diffusées. Le constat est limpide : la parité n’est pas encore à portée d’antenne... choix éditorial oblige.
À la recherche des auditrices
Entre le 28 novembre et le 14 janvier, 54 femmes et 295 hommes ont été pris à l’antenne dans l’émission « Bourdin & Co » de 9h à 10h ; soit respectivement 15,47 % et 84,53 %.
Dans aucune d’entre elles, les femmes ne sont majoritaires, le meilleur rapport obtenu donnant, le 31 décembre, 5 femmes pour 6 hommes. Dans 9 séquences, soit 29 % des émissions observées aucune voix féminine n’a jamais été entendue. Alors que RMC se prétend une radio « interactive » donnant une large part d’antenne à ses auditeurs, ce déséquilibre écrasant est un symptôme de choix éditoriaux et commerciaux qui ciblent exclusivement les hommes.
Journalistes et animatrices au compte-gouttes
S’agissant de la proportion de femmes titulaires du poste d’animatrice des différentes émissions de la grille, elle est en parfaite corrélation avec ce premier constat.
Ainsi, en semaine, Brigitte Lahaie est la seule femme titulaire du poste, pour son émission quotidienne « Lahaie, l’amour et vous » de 14 heures à 16 heures, à se faufiler parmi la pléthore d’animateurs masculins : Mathieu Belliard et Charles Magnien (« Bourdin & Co », 4h30-6h) ; Jean-Jacques Bourdin (« Bourdin & Co », 6h-10h) ; Alain Marschall et Olivier Truchot (« Les grandes gueules ») ; Eric Brunet (« Carrément Brunet ») ; Luis Fernandez et Christophe Paillet (« Luis attaque ») ; Vincent Moscato et Pierre Dorian (« Moscato Show ») ; Tony Parker et Pierre Dorian (« Tony Parker show ») ; Gilbert Birsbois et Jean-François Pérès (« After foot ») ; Jano Rességuié (« Intégrale foot ») ; Jean-Michel Larqué (« Larqué foot ») ; Daniel Riolo, Huhes Obry et Antonin Teissère (« Docteur Poker »)...
Quant aux trois éditorialistes qui officient le matin dans l’émission « Bourdin & Co », personne ne sera surpris de découvrir que ce sont des... hommes : Jean-François Achilli, Nicolas Doze et Hervé Gattegno.
Le week-end, la « cuisine » reste toujours aussi masculine puisque seule Laëtitia Barlerin se fraie un passage parmi les membres de « l’autre » sexe. RMC ne va cependant pas jusqu’à lui confier les rênes de l’émission « Vos animaux » qu’elle doit co-animer avec François Sorel dont l’étendue des compétences est pourtant déjà largement sollicitée : il présente ainsi « Votre jardin » avec Patrick Mioulane, « Votre maison » avec Serge Pessey et « Votre auto » avec Jean-Luc Moreau. Les autres émissions du week-end animées par Serge Simon et Gilbert Brisbois (« Les grandes gueules du sport »), Florent Gautreau (« Les courses RMC »), Jean-Luc Roy et Laurent Frédéric Bollée (« Motors »), Jean-Michel Larqué et Jean-François Pérès (« Larqué foot »), Jano Rességuié (« Intégrale foot ») et Christophe Cessieux (« Intégrale sport ») sont donc entièrement masculines.
L’amour et les animaux domestiques, donc… Des thèmes que les clichés les plus triviaux associent spontanément aux préoccupations et à la sensibilité féminines, et dans lesquels RMC cantonne ses deux seules animatrices !
Le recensement des femmes chroniqueuses régulières ou occasionnelles à l’antenne confirme la même tendance. Ainsi, si on peut notamment repérer la présence de Claire Andrieux et Marie Régnier dans l’émission animée par Jean-Jacques Bourdin, de Camille Dahan au standard d’Eric Brunet, de Carine Galli, Maryse-Ewange-Epée, Céline Géraud, Sarah Pitkowski ou d’Isabelle Sévérino dans différentes émissions sportives, de Marie Célie Guillaume, Claire O’ Petit, Marie-Anne Soubré M’Barki ou de Sophie de Menthon dans « Les grandes gueules » leur place reste très marginale par rapport à celle des hommes.
La domination masculine dans les postes d’animateurs ou chroniqueurs sur RMC est d’autant plus critiquable que les femmes représentent 51,6 % de la population totale et 45,75 % du total du nombre de cartes de presse délivrées en 2012.
Des programmes conçus pour les hommes
Mais cette monopolisation de l’antenne par les hommes n’est pas l’apanage de RMC. Elle avait déjà été relevée sur d’autres stations comme RTL, France Inter, NRJ et Skyrock dans le « Rapport sur l’image des femmes dans les médias » du 25 septembre 2008, et de nouveau, dans le rapport « Les expertes : bilan d’une année d’autorégulation ».
Bien entendu, la structure de la grille de RMC, avec de nombreuses émissions sportives et de « talk » écoutées majoritairement par des hommes favorise cette exclusion des femmes - que l’on constate pourtant de manière tout aussi flagrante dans la tranche 9h/10h, théoriquement plus ouverte aux auditrices.
Ce sont ces choix de programmation accordant une place écrasante à l’information et au sport, traités de surcroît dans des registres qui font la part belle à la verve, voire au culot des intervenants, qui expliquent cette structure de l’auditoire – et indirectement de la rédaction. En effet, et quoi qu’on en pense, ces thèmes comme ces formes de débat intéressent prioritairement les hommes, pour des raisons qui tiennent à leur place dans la société, et plus largement à la force des représentations des frontières entre les genres.
Avec une telle ligne éditoriale, qui non seulement entretient les stéréotypes de la masculinité en ne proposant que des programmes que les hommes sont supposés attendre, mais les conforte aussi en ne réservant l’antenne qu’à des hommes ou presque, comment s’étonner que des formes particulièrement choquantes de sexisme puissent avoir cours à RMC, comme nous l’avions pointé ici-même ?
Un choix éditorial assumé
Cette asymétrie, Franck Lanoux, le directeur général de la station, la revendique le 31 août 2012 dans 20 Minutes en convoquant un argument d’un sexisme pour le moins brutal : « Il y a la forte présence du sport, mais il y a aussi notre manière de faire de l’info, qui est celle du talk. Or les hommes aiment cela, car ils adorent qu’on dissèque l’information. Les femmes, elles, écoutent l’info puis s’occupent de leur famille, de leurs enfants ; elles passent à autre chose ». Pour résumer : les hommes ne consentent qu’à écouter des hommes, et leurs femmes font la cuisine pendant qu’ils réfléchissent, RMC fait donc le seul calcul rationnel possible… CQFD !
Un sexisme assumé qui a donc de biens beaux jours devant lui. D’autant plus qu’Alain Weill, le propriétaire, professe le même choix éditorial en avançant, lui, des arguments sonnants et trébuchants dans le supplément télévision du Monde du 17 septembre 2012 : « la cible visée, celle des décideurs économiques, est évidemment intéressante aussi pour les annonceurs ». Et quand bien même il y aurait quelques femmes parmi les « décideurs économiques », peut-être sont-elles vouées par le sexisme ordinaire à s’occuper de la vie domestique plutôt que de s’informer sur RMC quand elles en ont fini avec les affaires…
Et comme ce « modèle » semble se révéler extrêmement rentable au regard des résultats publiés le 25 juillet dernier, inutile, vraisemblablement, d’attendre une féminisation accélérée de l’antenne de RMC dans les prochains mois...