10 août 2013

Sensorium (Abha Dawesar)

Lu par à-coups, d'autant plus difficile que le récit est entremêlé d'apartés,
faits de descriptions scientifiques (zoologie, neurologie), philosophiques, de dessins...

Une vraie heureuse découverte de cette auteure d'origine indienne. Qui nous promène entre la France, l'Amérique, et l'Inde. L'héroïne est une artiste plasticienne qui essaie de percer dans le monde difficile de l'art contemporain, de traiter une maladie étrange, de comprendre les tenants et aboutissants d'une vision qu'elle a reçue d'une vie antérieure, et de la nécessaire expiation correspondante.

Une écriture intéressante, une histoire peu banale, un dépaysement à plusieurs étages, un beau livre.

Extrait:
Elle n'est pas du genre, elle, l'artiste indienne, à se soucier à l'excès de son apparence. Cela l'étonne de penser qu'un jour dans le passé, tandis qu'elle faisait la queue chez l'épicier ou se tenait debout lors d'un vernissage, quelqu'un avait observé ses lèvres et ses rides tout comme elle observe les gens. Quand elle travaille, elle fronce souvent les sourcils, et parfois, assise devant le poste de télévision, elle sent que la partie intérieure de son visage se relâche. À d'autres moments, incapable au lit de trouver le sommeil, elle se rend compte que ses mâchoires sont très serrées et que ses lèvres se pressent l'une contre l'autre et lui font mal. Les émotions et états chimiques qui accompagnent ces épisodes fréquents ont laissé des traces sur son visage. Le temps et la pesanteur se ligueront pour les marquer davantage. Le fait qu'elle soit mortelle et insignifiante, ce que son esprit a du mal à saisir, se perçoit facilement lorsqu'elle pense au corps. Jour après jour, celui-ci se délabre jusqu'à se désintégrer totalement. Elle n'a pas d'enfant, mais si elle en avait, ça la rendrait folle de penser qu'un jour eux aussi se flétriront et mourront. Quand elle songe à la vieillesse et à la mort, c'est là sa seule consolation : au moins elle n'a pas d'enfants.

8 août 2013

Sans aucun remords (Tom Clancy)

Livre de lecture sur la plage, les soirs de vacances, trouvé dans la maison prêtée par mon frère.

Un thriller de 1993 qui reconstitue les États-Unis des années 1970, les ravages de la drogue et la guerre du Viêt-Nam, les opérations secrètes de la CIA, la guerre froide...

Cela aurait pu être haletant, prenant, intéressant s'il n'avait pas fallu avaler les quasi 700 pages du livre. Une écriture quasi automatique, un scénario à grosses ficelles, avec tellement de choses invraisemblables, et surtout cette idéologie manichéenne et militariste qui suinte à toutes les pages et finit par donner la nausée.

Je crois que j'ai de plus en plus de mal avec les auteurs américains...

2 août 2013

Hôtel Brasília (João Almino)

Un récit de la construction de la nouvelle capitale du Brésil, à la fin des années 1950. Des destinées qui s'entremêlent, des réflexions sur la société, la politique, les rapports humains. Un kaléidoscope qui m'a permis de m'immerger en terre étrangère, avec un plaisir sans limite.

L'histoire finalement compte peu, tant le décor est époustouflant. Le narrateur essaie de comprendre des bribes de son passé en se rapprochant de son père à l'agonie. Y parvient-il ? J'ai plutôt l'impression que les propos entremêlés apportent de la complexité, de la densité au texte.

Un excellent livre.

28 juillet 2013

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre (Martin Amis)

Quel livre !

(Je l'ai terminé ce matin et lui ai recommandé. Elle l'a commencé aujourd'hui. Le couperet est vite tombé: "Glauque".)

Martin Amis ne fait pas dans la dentelle, la traduction est relativement fidèle, même si le titre-même, qui fait référence au discours annuel devant les députés britanniques, écrit par le premier ministre et prononcé par la reine, aurait mérité mieux, ou tout au moins une notule...

La description de la low society britannique contraste fort avec l'image qu'Albion persiste à vouloir donner à l'extérieur, mais ce problème d'image, nous l'avons partout dans le monde, dans cette société d'apparences à laquelle nous devons nous plier un minimum pour éviter à nos enfants de se sentir humiliés par leurs cruels camarades de classe, eux-mêmes préformatés.

Mais je divague. Lionel Asbo, ce n'est pas le personnage principal du livre (c'est plutôt son neveu Desmond Pepperdine, qui n'a pas, lui, trouvé son patronyme ridicule au point d'en changer...) mais c'est au moins le personnage central. Délinquant violent (cette violence est suffisamment exposée et encore plus sous-entendue dans le livre qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter...) qui finit par gagner au loto de quoi mener un train de vie de riche anglais...

Le reste, c'est la narration de la transformation de Des d'un adolescent ignare et abusé (je passe sur les détails) en un père de famille, de la classe moyenne, qui doit pourtant, dans le tout petit appartement qu'il occupe dans son quartier défavorisé, ne pas toucher à la pièce réservée à son oncle Lionel.

À lire. Je préfère la couverture de la version anglaise, qui rappelle les tabloïds de bas étage si populaires dans ce pays.

Pour terminer, une illustration parue dans The Telegraph avec quelques bonnes feuilles de ce roman...


So do the 30ft steel walls which now gird the 10-acre garden. And the local children are said to be terrified of the two furious pitbulls, Jek and Jak, who are taken on daily tours, or aggressive inspections, of the village.

Who, after all, would welcome the influx of the usual rabble that bob along in the slipstream of fame and money? Parasites and predators, and all the “Threnody” stalkers and lookalikes.

Local rumour has it, by the way, that “Jek” refers to Jekyll and Hyde, whilst “Jak” alludes to Jack the Ripper. But this sounds a bit too “erudite” for the East End “eejit”. More likely, “Jek” and “Jak” are garbled versions of “Juke” and “Jyke”, the names fished out of a hat by Asbo’s companion, “Threnody”, for the orphaned Somalian twins she long ago stopped sponsoring.

What you sense, in the end, is a feeling of general hurt and dismay. A sense that these orderly rural lives are somehow travestied by the intrusion of the jackpot jailbird, Lionel Asbo.

My photographer, the Sun’s Chris Large (one of the three journalists brutalised by Asbo in August 2009), asks the picketers for leave to ring the buzzer and announce our arrival.

Wearing a blue silk dressing gown and, of all things, mid-calf snakeskin boots, Asbo walks briskly up the drive. He welcomes Chris and myself most cordially, then endures a brief heckling from the petitioners at the gates.

“You know what I got, Daph?” he says. “Neighbours from hell.”

This remark intrigues me. I have come here with an “open mind” – after all, you can’t believe everything you read in the papers! And I ask him, as we walk down the drive, passing the famous Bentley “Aurora”, “Weren’t you a neighbour from hell, Lionel? Back in Diston?”
 
“Me? Never. Except when I was a kid. You don’t want to be a neighbour from hell, Daph,” he confides. “That’s lower class.”

À lire, definitely.

22 juillet 2013

La honte

Quand le maire d'une grande ville, prétendûment démocrate (c'est ce que signifie le "D" dans "UDI", son "parti politique" où il côtoie M. Borloo et M. Morin, entre autres) tient des propos aussi haineux sur les Roms, j'ai honte.

Devant le silence assourdissant des admirateurs du régime fasciste de Netanyahu, pourtant si prompts à se poser en descendants d'autres victimes du nazisme, j'ai honte.

Samudaripen, ou Porajmos. On sait, on savait, n'oublions jamais, et faisons en sorte que plus jamais cela.


Monsieur Bourdouleix, disparaissez.

16 juillet 2013

Adriano Gonçalves "Bana"

Après Cesaria Evora, une deuxième grande voix capverdienne vient de s'éteindre. Mais sa musique reste vivante...



Dans la chaleur de l'été et le froid de ma solitude, du baume au cœur.

14 juillet 2013

Usurpations (Le dépassement de soi, par Del Debbio)

En marge de l'accident tragique de Brétigny-sur-Orge, un texte passionnant de Del Debbio sur les pratiques liées à la généralisation des pico-ordinateurs portables (appelés vulgairement smartphones).
Prenez deux jeunes lambda qui sont plus ou moins régulièrement présents sur Twitter.
À ma gauche, Roby, pseudonyme de Robin, presque 12000 tweets à son actif et quelque 391 abonnés (on dit « followers »).
À ma droite, Aicha Kurdish, également un pseudonyme, je suppose, avec près de 2400 tweets et 250 abonnés.
Habituellement, Roby et Aicha postent sur leur compte Twitter de très intéressantes photos de nourriture, de voitures et d’objets divers.
Ce vendredi 12 juillet 2013, ils vont entrer dans l’Histoire.
Le train Paris-Limoges déraille en gare de Brétigny-sur-Orge à 17H14.
La suite ici.

Il est à souhaiter que ce texte soit présenté à tous les étudiants en journalisme, et même à tous les collégiens dans un cours sur la fiabilité des sources et le recoupement de l'information, bref sur le temps nécessaire pour rédiger et présenter une information authentique et non manipulée. Du boulot...